Gestion des risques

Les masques se retrouvent au cœur de la bataille médico-sociale contre le coronavirus

Dans la gestion de la pandémie, les acteurs médico-sociaux sont à la fois aux premières loges et en deuxième ligne des stratégies gouvernementales. 500 000 masques par jour, c'est ce que réclament les fédérations. Olivier Véran semble avoir entendu leur demande.La problématique des masques et tout particulièrement leur manque en Ehpad ou à domicile pour les professionnels médico-sociaux a surgi très vite comme un élément stratégique voire un leitmotiv. Dans les points hebdomadaires des représentants des fédérations médico-sociales avec la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), les acteurs du secteur sont montés à plusieurs reprises au créneau (lire nos articles ici et ). Il faut dire que dans les premières semaines, le personnel soignant était prioritaire dans la distribution de matériel barrière. Comment protéger alors l'ensemble des salariés du médico-social et les personnes âgées en établissement mais aussi à domicile ? La question est devenue récurrente.

Réponse ministérielle tardive

Après plusieurs semaines d'interrogation et un courrier daté du 20 mars signé des fédérations de directeurs d'établissement réclamant 500 000 masques par jour pour les Ehpad "compte tenu des fragilités des personnes âgées qui y résident" (à télécharger ci-dessous), une réponse est venue d'Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé. Il a en effet fait le point sur le sujet le 21 mars en apportant des chiffres sur les stocks de masques disponibles et à venir et en détaillant leurs modalités de distribution (lire aussi notre article). "Pour les Ehpad et les structures médico-sociales accueillant des personnes fragiles, notamment les personnes en situation de handicap ou les patients Covid-19 sans domicile ne relevant pas d'une hospitalisation, nous distribuerons cinq masques chirurgicaux par lit ou place et par semaine." Il a reconnu au passage qu'il y avait eu "des tensions dans certains endroits" et déclaré qu'il a entendu la demande des fédérations et que dans la durée, et surtout sans précision sur l'échéance, les Ehpad disposeront bien des 500 000 masques chirurgicaux journaliers demandés. Concernant leur mode de distribution, ils devraient être disponibles dans des établissements-plateformes. Pour les personnes exerçant des activités de services d'aide et de soins à domicile, le ministre a annoncé "neuf masques chirurgicaux par semaine et par professionnel [...] pour assurer les visites prioritaires". Un tel approvisionnement est assuré selon lui par "les officines dans les territoires les plus touchés".

Les masques ou la partie immergée du problème

Dans la foulée de ces déclarations ministérielles, le Synerpa a encouragé par communiqué l'initiative et indiqué qu'il veillerait à ce que les promesses ministérielles soient tenues. De son côté, l'AD-PA a aussi salué dans une communication distincte cette opération de transparence d'Olivier Véran concernant les stocks de masques et leur diffusion. Il a souligné que cela "permet de saisir l'intérêt de construire des stratégies concertées entre les services de l'État et les organisations professionnelles afin de limiter l'impact de l'épidémie et de tenir sur la durée".

Outre la problématique des masques, la prise en charge en établissement ou à domicile des personnes âgées atteintes du coronavirus questionne les fédérations médico-sociales qui demandent leur hospitalisation contrairement aux préconisations diffusées. "La création d'un secteur dédié aux malades du Covid-19, actuellement préconisée par vos directives dans le cadre de la stratégie de gestion des masques chirurgicaux, nous paraît totalement inadaptée à la situation réelle des Ehpad", écrivent-elles. Soulignant également les incapacités logistiques et matérielles des établissements et services médico-sociaux intervenant à domicile pour assurer une "prise en soins appropriée et conforme aux grands principes de l'éthique, il s'avère indispensable de pouvoir recourir à la réponse hospitalière afin de ne pas exposer les résidents des établissements médico-sociaux ou les proches des résidents à domicile à une perte de chance" (lire notre article).

Les acteurs du domicile demandent des comptes

Ce 23 mars, malgré les récentes déclarations du ministre de la Santé, les représentants de la branche de l'aide à domicile (Adedom, ADMR, Fnaapf/CSF et Una constituant l'USB domicile) tirent à leur tour la sonnette d'alarme déplorant que, sur le terrain, les intervenants de ce secteur "sont encore considérés comme des acteurs secondaires et se voient refuser la délivrance des masques en officines". Laurence Jacquon, présidente de l'USB Domicile demande au Gouvernement des consignes claires. Afin de garantir les sorties d'hospitalisation de personnes ayant des maladies chroniques et l’accompagnement de leur retour aux domiciles pour libérer des lits d’hôpital, elle souhaite tout particulièrement que les autorités publiques établissent "une doctrine qui pourra être appliquée par les gouvernances des services d'aide à domicile. Il y a un grand besoin de clarification. Le silence sur ce point est ressenti comme un abandon et renforce à la fois l'inquiétude et les difficultés d'organisation."
 

Il manque des pilotes opérationnels sur les territoires

Sur le terrain, à défaut de communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) actives, les acteurs médico-sociaux et de santé font face à la pandémie en ordre plutôt dispersés. Si les hôpitaux et les Ehpad ont leurs plans sur les territoires fortement contaminés, ARS et préfectures semblent vite submergées. C'est le point de vue notamment d'Olivier Guérin, président de la Société française de gériatrie et de gérontologie, interrogé par Hospimedia. Il défend l'idée que sur les territoires les gériatres pourraient assurer la coordination des professionnels pour faire face à la prise en soins la plus optimale. Dans les Ehpad se pose par exemple la question des moyens matériels et humains pour prendre en charge les résidents dans des secteurs dédiés aux malades du Covid-19. Pour Olivier Guérin, certains établissements ne sont pas prêts à cette sanitarisation. Outre les locaux et l'absence de matériel, ils manquent aussi de compétences. La solution pourrait être le recours aux professionnels libéraux...

Lydie Watremetz

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