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État et hôpitaux collaborent avec l'industrie textile pour développer des masques en tissu

Déployer des solutions alternatives crédibles au masque chirurgical pour équiper les professionnels de santé face au Covid-19. C'est avec cet objectif en tête que les pouvoirs publics et les hôpitaux, comme le CHU de Lille, font appel aux industriels et aux couturiers.
Avec un besoin en masques estimé à 24 millions par semaine par le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, les efforts de production et d'approvisionnement réalisés par les pouvoirs publics depuis maintenant plusieurs semaines ne permettent toujours pas de répondre aux besoins des professionnels de santé dans la lutte contre l'épidémie de Covid-19. Un déficit décrié par de nombreuses fédérations professionnelles et qui a incité à explorer de nouvelles approches pour le moins peu conventionnelles.

Masques maison : du scepticisme à l'innovation

Sur les réseaux sociaux, fleurissent depuis plusieurs semaines des appels à la confection de masques en tissu de la part de professionnels de santé. Et avec, découlent tout autant de tutoriels et d’initiatives de particuliers et de réseaux de couturiers indépendants. La réponse à la pénurie de masques chirurgicaux reposerait-elle sur nos machines à coudre ?

"Il n'existe pas de preuve scientifique de l'efficacité des masques en tissu", estiment d'emblée la Société française des sciences de la stérilisation (SF2S) et la Société française d'hygiène hospitalière (SF2H) dans un avis rendu public ce 21 mars. Pour autant, la situation sanitaire exceptionnelle pousse les plus sérieux à se pencher sur cette alternative. Après le CHU Grenoble-Alpes (Isère), le CH Métropole-Savoie de Chambéry (Savoie) a à son tour rendu public un patronage pour la confection de masques de protection de type 1. Non conformes à la norme EN 14683, ceux-ci "ne peuvent être utilisés ni comme masques chirurgicaux, ni par les soignants en contacts avec les patients", souligne l'hôpital. Mais ils peuvent néanmoins permettre d'équiper le personnel hospitalier dans certaines situations et ainsi de soulager la tension en approvisionnement le temps que les stocks soient suffisants (lire l'encadré).

Visiblement réceptif à la question de production palliative de masques, le Gouvernement a de son côté mobilisé les grands de l'industrie textile. Le même jour, Bercy a ainsi fait savoir par communiqué la création d'un groupe de travail de la Direction générale des entreprises (DGE). En lien avec le comité stratégique de filière mode et luxe, les pôles de compétitivité Euramaterials et Techtera, les industriel du textile (UIT), de l'habillement (UFIHM) et l'Institut français du textile et de l'habillement, un appel à propositions a été lancé à destination des entreprises. Une dizaine d'entreprises ont déjà répondu à l'appel et proposé des méthodes alternatives de fabrication. Cahier des charges de la Direction générale de l'armement (DGA) à l'appui, ces propositions sont aujourd'hui testées dans des laboratoires de l'armée pour quantifier le niveau de protection sanitaire de ces nouveaux masques.

Limiter les masques en tissu en dehors des services de soins

Selon l'avis rendu par la SF2S et la SF2H (à télécharger ci-dessous), "la confection de masques tissu et leur éventuelle restérilisation sont inadaptées pour assurer la protection des utilisateurs". Les conditions d'utilisation des masques de protection en feuilles de stérilisation non tissées (SMS) ne doivent donc en aucun cas se substituer pour les soignants aux masques répondant à la norme EN 14683, estiment-ils. Le taux d'efficacité des propriétés barrières de filtration (BFE) dépendrait du tissu et du nombre de couches utilisées.

Est recommandé dans ce contexte exceptionnel de ne pas dépasser une durée de portage de 4 heures et de ne pas réutiliser le masque dès qu'il a été manipulé et ôté du visage. Ces derniers ne doivent pas plus être réutilisés après lavage, est-il encore souligné, dans la mesure où "il n'est pas possible, selon les connaissances actuelles, de déterminer l'efficacité du lavage [...] et le maintien des performances de masques en tissu réutilisés". Les masques en tissu sont donc recommandés pour le personnel hospitalier présentant des symptômes respiratoires non présent dans les services de soins et non au contact des patients, à l'instar du personnel administratif ou logistique par exemple ; pour les déplacements en dehors des services de soins ; et pour les patients positifs au Covid-19 en retour à domicile.

Éviter la surconsommation de masques chirurgicaux

Pour contribuer à cet effort, le CHU de Lille (Nord) a quant à lui développé en laboratoire un modèle de masque en tissu "lavable et réutilisable". Après dix jours de travail et plusieurs tests d'efficacité particules, est né Garridou. Celui-ci a été élaboré par la pharmacie de l'hôpital, avec l'appui des services d'hygiène, de la direction qualité, de bénévoles et d'industriels. Les équipes ont pu arriver à une composition particulière permettant d'atteindre un niveau de protection similaire à la norme indiquée pour les masques chirurgicaux en papier classiques. Prévu pour être porté pour un maximum de 4 heures, il se veut un dispositif complémentaire au masque jetable. Un "substitut acceptable" hors gestes de soins tant que l'approvisionnement est limité, qui ne remplace pas les masques chirurgicaux ou FFP2.

Son intérêt ? "Permettre de limiter la consommation des masques à usage unique" au strict nécessaire, explique Frédéric Boiron, directeur général du CHU (2). Et pour cause, si l'établissement dispose de dotations suffisantes en masques pour les jours à venir, "la consommation augmente beaucoup" parmi les personnels hospitaliers, observe-t-il. "Parfois d'ailleurs, de façon excessive", estime-t-il en évoquant leur usage pour circuler dans les couloirs ou les rues de l'hôpital. Et d'insister : "On a besoin de protéger ce matériel pour les situations de soins."

La production a débuté ce 21 mars avec le fabricant de textile Lemahieu dans une démarche d'économie circulaire. Les masques seront en effet distribués à prix coûtant. Afin de renforcer l'effort de production, le CHU a fait appel à la communauté Le Souffle du Nord, qui a appelé aux doigts expérimentés de couturiers bénévoles issus de la société civile. Plus de 10 000 particuliers ont répondu à la sollicitation et se verront remettre un kit par le CHU dès le 23 mars avec les instructions de confection et le tissu adapté à leur réalisation (le recrutement a été suspendu). 60 000 masques devraient pouvoir être confectionnés dans les jours qui viennent, selon Frédéric Boiron. Et l'hôpital de faire savoir sa volonté de mettre la solution à disposition d'autres établissements de soins.

Agathe Moret

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