Gestion des risques

Les transferts de patients infectés par le Covid-19 se multiplient

À mesure que l'épidémie progresse, les transferts de patients vers des régions moins touchées par le virus s'intensifient. Pour les régions Grand-Est, Bourgogne-Franche-Comté et depuis peu l'Île-de-France, ces évacuations deviennent indispensables.
"250 patients ont bénéficié de transferts sanitaires afin de désengorger les hôpitaux saturés." Ce chiffre donné par le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, est révélateur d'une stratégie nationale de transferts de malades du Covid-19 vers d’autres régions. Ceux-ci se sont multipliés ces derniers jours, en particulier au départ du Grand-Est, région la plus durement touchée par l'épidémie. Le Grand-Est comptabilisait, le 29 mars, 774 patients en réanimation, soit 12 de moins que la veille. Un chiffre en baisse en raison du transfert de plus de 40 patients à destination de l'étranger et d'autres régions françaises. Le 29 mars, deux trains sanitaires ont transporté 36 patients en réanimation à Nancy (Meurthe-et-Moselle) et Mulhouse (Haut-Rhin) vers des établissements d’accueil de Nouvelle-Aquitaine, essentiellement vers les hôpitaux de Bordeaux (Gironde) et Bayonne (Pyrénées-Atlantiques).


Une centaine de patients en Allemagne

Le 27 mars, déjà six patients du Grand-Est ont rejoint le CHU de Bordeaux et l’Hôpital d'instruction des armées Robert-Picqué grâce à un avion de l’armée de l’air. Les Pays de la Loire ont également accueilli 20 patients infectés hospitalisés à Strasbourg (Bas-Rhin). Ils ont été pris en charge par le CHU de Nantes (Loire-Atlantique) après un voyage en train médicalisé (lire notre article). Mais pour soulager les hôpitaux du Grand-Est, les transferts transfrontaliers sont plus nombreux que les évacuations vers d'autres régions de France. L'ARS Grand-Est compte ainsi près de 100 patients accueillis par l'Allemagne, la Suisse et le Luxembourg. "Cette aide internationale est indispensable pour faire face à l'afflux croissant de patients dans les établissements du Grand-Est et vient compléter la solidarité mise en œuvre depuis déjà plusieurs jours à l'échelle intra-régionale et nationale", estime l'ARS dans un communiqué.

Des transferts complexes mais nécessaires

Ces transferts mobilisent du personnel de santé dont le nombre est déjà limité pour faire face à la crise sanitaire. Le Syndicat national des anesthésistes réanimateurs de France (Snarf) s'en inquiète dans un communiqué : "Nous savons que cette vague pandémique se répand vers nos régions et que d'hypothétiques transferts de patients par les airs, par mer ou par la SNCF mobilise d'énormes ressources en personnels qui seraient probablement nécessaires sur place pour prendre en charge beaucoup plus de patients que ceux transférés." Le syndicat en appelle à tous les anesthésistes-réanimateurs disponibles et même retraités pour venir en renfort des équipes du Grand-Est et de région parisienne. Mais pour le CHR Metz-Thionville, ces "évacuations lourdes et complexes à organiser" sont absolument nécessaires. Alors qu'une quinzaine de patients a été évacuée le dimanche, 90 lits en réanimation sur les 100 du CHR sont déjà occupés ce 30 mars. "Il n'y a plus d'extension possible, s'inquiète la directrice Marie-Odile Saillard. Si nous voulons répondre aux besoins de la population, il nous faut 12 transferts par jour !" Pour l'instant, seuls des transports en hélicoptères vers l'Allemagne de un à deux patients par jour sont prévus à Metz.

D'autres régions bientôt dans le rouge

Une autre région voit peser une tension forte sur son système de santé, la Bourgogne-Franche-Comté. En raison "d'une forte occupation des lits en réanimation et de perspectives d'aggravation pendant le week-end", 50 patients de la région ont été évacués par hélicoptère, avion ou par voie terrestre entre le 28 et le 30 mars d'après l'ARS. 40 d'entre eux ont été pris en charge dans les hôpitaux d'Auvergne-Rhône-Alpes (en Puy-de-Dôme, Allier et Isère) et 10 dans les hôpitaux de Provence-Alpes-Côte d’Azur (Bouches-du-Rhône, Var, Alpes-Maritimes). Les patients étaient jusqu’alors hospitalisés dans les établissements du Doubs, du Territoire-de-Belfort, de Haute-Saône, de Côte-d’Or et de Saône-et-Loire mais avec 193 malades en réanimation, la région manque de places pour soigner les prochains patients.

En Île-de-France, la situation se tend : 1 694 patients étaient en réanimation dans la région le 29 mars, alors que la région qui disposait de 1 500 lits en a désormais activé 2 000 selon l'ARS. L'AP-HP a réclamé d'ailleurs des transferts de patients (lire notre article). "La région n'est pas saturée", a assuré Jérôme Salomon lors de son point à la presse le 27 mars. Néanmoins, "pour soulager les hôpitaux de la grande couronne, particulièrement chargés", une quinzaine de patients en réanimation ont été évacués par voie routière vers la région Centre-Val de Loire les 28 et 29 mars.

Opération Résilience

Après le déploiement d'un navire porte-hélicoptères en Corse pour le transfert de 12 malades et d'un hôpital militaire à Mulhouse (lire nos articles ici et ), le soutien de l'Armée aux hôpitaux se poursuit. L'opération Résilience a été lancée ce 28 mars par le président de la république, Emmanuel Macron, pour apporter de "l'aide et du soutien aux populations ainsi qu'à l'appui aux services publics pour faire face à l'épidémie de Covid-19 en métropole et en outre-mer". Dans ce cadre, plusieurs hélicoptères de combat ont été déployés par le ministère des Armées pour transférer 10 patients depuis des hôpitaux de l’Est de la France vers des hôpitaux situés en Auvergne-Rhône-Alpes et dans des pays frontaliers. Le 29 mars, c'est un avion militaire allemand qui a évacué deux malades du coronavirus de Strasbourg vers un hôpital d'Ulm dans le sud-ouest de l’Allemagne.

Perrine Debacker

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