Ressources humaines

Plus de 55 000 infirmiers consultés par l'Ordre se déclarent en souffrance professionnelle

Manque d'équipements de protection, pressions, agressions, détresse psychologique... La situation difficile des infirmiers ressort d'une consultation réalisée début avril par l'Ordre national des infirmiers auprès de 70 000 professionnels.L’Ordre national des infirmiers (Oni) lance une alerte sur la situation particulièrement difficile des infirmiers. Il s'appuie sur une consultation réalisée en ligne du 4 au 7 avril à laquelle près de 70 000 infirmiers ont répondu. Ils représentent plus de 20% des infirmiers inscrits à l'Oni, précise celui-ci dans un communiqué. Les résultats de cette enquête soulignent le désarroi des professionnels infirmiers dans cette situation de crise sanitaire, face au manque de moyens et aux difficultés psychologiques croissantes.

Plébiscite du télésoin face au manque de moyens

L'Oni réitère dès lors son appel à garantir l'accès à des équipements de protection aux infirmiers sur tout le territoire afin de remédier "au besoin urgent de protéger les infirmiers". Les résultats de la consultation montrent en effet que près des trois quarts des infirmiers ne disposent pas d'équipements de protection en quantité suffisante. Un constat partagé par le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) qui a lui aussi réalisé une enquête auprès de 32 000 soignants sur le manque de moyens (lire notre article).

L'ordre indique qu'ils sont ainsi 83% à dénoncer le manque de surblouses, un chiffre plus important que celui recensé par le SNPI. Les masques en quantité suffisante manquent à 78% des infirmiers et les lunettes à 65% d'entre eux. Plus de la moitié des répondants font également part de leur manque de surchaussures et de charlottes. Pour éviter le contact direct avec les patients en optimisant leur prise en charge, la consultation montre que deux tiers des infirmiers plébiscitent le télésoin désormais autorisé pour la profession (lire notre article).

Une profession qui subit méfiance et violence

La consultation révèle la tension vécue par les infirmiers dans l'exercice de leur profession. Près de 12% d'entre eux déclarent ainsi avoir subi, eux-mêmes ou leurs proches, des pressions, menaces ou injures en rapport avec leur profession. Deux infirmiers sur cinq ressentent même une certaine méfiance de la part de patients ou de leur voisinage, liée au fait qu'ils sont professionnels de santé. Chiffre marquant : 6% des infirmiers confessent avoir fait l'expérience d'une agression visant à leur dérober du matériel. Des actes "intolérables" condamnés par l'ordre, qui appelle les victimes à porter plainte et qui se réserve le droit de se constituer partie civile dans toutes les procédures engagées.

Face à ces problématiques et alors qu'ils sont engagés en première ligne pour lutter contre l'épidémie, près de 79% des infirmiers qui ont répondu à cette consultation se disent être "davantage en souffrance professionnelle au regard de la situation actuelle". Une souffrance "beaucoup" ressentie par 35% des répondants. Pour deux infirmiers sur cinq, un soutien psychologique pourrait les aider à faire face à la situation. L'enquête du SNPI montre pourtant qu'un tiers des infirmiers en établissement n'ont pas accès, début avril, à une aide psychologique en cas de besoin.

De nouvelles mesures d'urgence demandées

Le 16 mars, l'Ordre national des infirmiers réclamait déjà au Gouvernement des mesures d'urgences "pour garantir et organiser la continuité des soins dans la durée" et s'inquiétait du risque d'épuisement des professionnels sollicités (lire notre article). Au vu des résultats de sa consultation lancée début avril, l'Oni annonce de nouvelles mesures d'urgence :
  • équiper l'ensemble des professionnels de santé en matériel de protection, en considérant davantage les infirmiers exerçant en Ehpad, établissements médico-sociaux ou à domicile ;
  • dépister systématiquement les personnels de santé qui le souhaitent ;
  • promouvoir le télésoin infirmier ;
  • accompagner les infirmiers concernés par les pressions, menaces et agressions ;
  • instaurer une plateforme d'écoute, Psycorona, pour permettre aux infirmiers de consulter gratuitement des professionnels psychologues et psychiatres.

Perrine Debacker

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