Offre de soins

La Pass d'Angoulême veille au suivi des plus précaires malgré la crise sanitaire

La permanence d'accès aux soins de santé du CH d'Angoulême et tous les acteurs du territoire de Charente restent mobilisés pour assurer le suivi des publics précaires. La crise sanitaire a permis d'accroître encore les coopérations et d'innover.Depuis plus de quinze ans, la permanence d'accès aux soins de santé (Pass) du CH d'Angoulême (Charente) assure le suivi des publics précaires. Ces années d'expérience lui permettent d'assurer, avec l'ensemble des acteurs du territoire, un bon maillage dans la lutte contre le Covid-19. Au cœur de la crise sanitaire aussi, la Pass fait preuve d'une importante faculté d'adaptation.

Des publics spécifiques

"Angoulême présente un public spécifique pour la Pass, avec une importante partie de la population qui est migrante et non francophone. À cette population s'ajoutent des publics isolés et des personnes sans domicile fixe", explique le Dr Corinne Tabuteau, médecin responsable de la structure. À Angoulême se trouve en effet un centre d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada) ainsi qu'un hébergement d'urgence (Huda). L'ensemble des acteurs de ces prises en charge a donc l'habitude d'agir en coopération. Ce qui a permis d'anticiper rapidement l'épidémie par un travail collectif en amont de la crise.

"Nous avons eu beaucoup d'échanges, en visio et audioconférences, avec le soutien de l'ARS Nouvelle-Aquitaine et de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP). Il fallait une bonne compréhension de ce qu'était le virus par l'ensemble des acteurs, y compris ceux qui n'ont pas forcément des connaissances en santé", raconte Corinne Tabuteau. Ces échanges ont permis à chacun d'adopter un vocabulaire commun, de "mieux se comprendre", en cernant par exemple mieux les contraintes de chacun.

Un état des lieux a rapidement, dès la mi-mars, été lancé pour identifier un maximum de public, qui pourrait relever du champ d'action de la Pass. Un fichier de 800 personnes a ainsi été mis au jour. "Il y a bien sûr la question de savoir le nombre de personnes à suivre, en cas d'atteinte de Covid-19, mais il est aussi important pour nous d'avoir une connaissance fine des profils de ces personnes, c'est-à-dire d'identifier les plus à risque", décrit Sonia Groux, cadre de santé de la Pass. Ces personnes ne sont donc pas infectées par le Covid-19, néanmoins il s'agit d'anticiper une éventuelle contamination de patients qui seraient, compte tenu de leur précarité, plus vulnérables.

Des réponses adaptées

Le point fort de la Pass ? "Avoir l'habitude de proposer une réponse adaptée et spécifique à chaque situation et des prises en charge gobales", complète Corinne Tabuteau. Une bonne connaissance du public permet en effet de proposer des suivis adaptés. "La réponse pour le suivi des migrants n'est pas la même que pour celui des personnes sans domicile. Ils ont souvent connu un important stress post-traumatique. Le confinement cumulé à la barrière de la langue les met dans une situation de plus grande vulnérabilité encore", décrivent les professionnelles.

Une cartographie la plus précise possible est désormais partagée par le Samu, le service d'accueil des urgences (SAU), les infectiologues et médecins référents du territoire. Ce qui a permis aussi de définir une répartition des prises en charge entre hôpital et ville. Trois cabinets libéraux se sont portés volontaires pour être les référents, durant toute la crise sanitaire, des personnes migrantes hébergées sans médecin traitant. Cela concerne le suivi d'une centaine de personnes. La Pass continue la prise en charge des personnes sans domicile fixe, tandis que le 115 a réalisé un important travail en amont pour leur trouver un toit. Les foyers de jeunes travailleurs, centre d'hébergement Emmaüs et pensions de famille sont suivis par les médecins traitants référents tandis que la Pass reste un support en cas de besoin.

Un travail collectif

Plusieurs outils ont aussi été créés pour faciliter à la fois le suivi de ces personnes mais aussi la communication entre les acteurs des prises en charge. "Ces outils existaient déjà, toutefois leur utilisation n'était pas aussi poussée", décrit Sonia Groux. Il s'agit par exemple d'outils de traduction ou de fiches de communication. Des traducteurs bénévoles, parfois eux-même passés par la Pass, viennent à leur tour apporter leur soutien et leur aide dans la gestion de crise. Les fichiers et autres outils sont aussi partagés avec l'ensemble des Pass du territoire de Charente, celles de Ruffec, Confolens et Cognac, avec une coordination assurée par le CHU de Poitiers (Vienne).

Ce suivi minutieux permet de limiter la propagation de l'épidémie dans les populations fragiles. Seuls cinq cas positifs ont pour le moment été recensés parmi ces populations. "C'est un effort collectif", résume Corinne Tabuteau.
L'épidémie de Covid-19 met ainsi en lumière la force du travail en réseau et la mobilisation d'un territoire dont la Pass est en quelque sorte l'interface sanitaire. Et cela s'étend au-delà de la gestion de crise. Les acteurs veillent au maintien de tous les suivis. La priorité est aussi d'assurer la continuité des soins hors Covid-19. Depuis le début du mois, environ 70 personnes ont pu être suivies par la permanence.

Clémence Nayrac

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