Politique de santé

L'exécutif travaille à des "Communautés 360" handicap en gestion de crise Covid-19

Pour "sortir avec un gain positif de la crise" et limiter les difficultés des personnes handicapées, le cabinet de Sophie Cluzel accélère le programme établi lors de la dernière CNH. Alors que le terrain amorce une transformation de l'offre accélérée, le projet de "Communautés 360" émerge aux couleurs du Covid-19.Covid-19, accélérateur de coopérations ? Visiblement oui. Devant les nombreuses initiatives mises en place sur le terrain pour accompagner les personnes en situation de handicap en période épidémique, le Gouvernement a décidé d'avancer la feuille de route actée dans le cadre de la Conférence nationale du handicap (CNH) du 11 février dernier. Le 360, numéro d'appel unique censé être mis en place en 2021 pour appuyer les personnes isolées ou sans solution, pourrait ainsi voir le jour plus tôt que prévu. Et ainsi permettre aux usagers d'être accompagnés en pleine crise, dans la logique d'une réponse accompagnée pour tous.

Parer les difficultés liées au (dé)confinement

"La crise de Covid-19 nous dit deux choses. La première, c'est que certaines personnes en situation de handicap se trouvent hors du circuit d'information ou en situation d'isolement. La deuxième chose, c'est qu'avec le déconfinement — qui est un processus qui va durer longtemps — ces difficultés vont perdurer", explique le cabinet de Sophie Cluzel, secrétaire d'État en charge des Personnes handicapées. Dans ce contexte, les équipes de la ministre œuvrent à accélérer le processus de mise en place du dispositif de soutien. L'idée : coconstruire "en esprit de confiance" des "Communautés 360" dans chaque département, pour constituer, en facilitation des ARS et des maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), un point d'entrée unique pour les personnes se retrouvant en difficulté.

Si la forme que prendront ces communautés n'est pas encore "complètement stabilisée" d'après le cabinet, le cahier des charges du dispositif transmis aux fédérations livre plusieurs précisions. Selon le document, un numéro unique national basculerait ainsi l'appel vers la communauté du territoire de l'appelant. Une piste qui reste encore à confirmer, pour l'entourage de Sophie Cluzel. Les communautés — "obligatoirement une réponse inter-opérateurs" — pourraient quant à elles assurer, grâce à un "staff commun", une permanence téléphonique 7j/7 voire des permanences locales et des visites à domicile pour l'évaluation, l'écoute, le soutien psychologique, l'orientation et la coordination. Elles pourront même "susciter la création, si besoin, de dispositifs particuliers".

Un premier recensement engagé

Pour ce faire, les fédérations et opérateurs ont été sollicités dès le 16 avril, à l'occasion d'une réunion des signataires de la convention d'engagement de la CNH. À la demande du secrétariat d'État, elles avaient jusqu'au 22 avril pour recenser et remonter les initiatives de coopérations existantes sur le terrain, dont certaines ont germé avec la crise. En les identifiant, le ministère entend "sortir avec un gain positif de la crise" en cherchant à "les fédérer, les appuyer pour que l'on puisse les pérenniser".

À date, une centaine de projets ont été remontés par la Fehap et une vingtaine par l'Uniopss. Des projets majoritairement préexistants à la crise. "Le médico-social n'a pas attendu le projet 360 pour faire de la coordination d'acteurs, bien que l'on doive l'accélérer, observe de fait Thomas Bouquet, délégué national de la filière handicap au sein de la Croix-Rouge française. Mais il est vrai que le Covid-19 a contraint à renforcer la coopération." Partage de données, de projets, de protocole... avec la crise, ces approches "pas très culturelles dans le médico-social" ont bien permis d'engager de nouvelles modalités de collaboration. Pour preuve : la création naturelle d'un groupe de travail parmi les opérateurs médico-sociaux*. "La crise amorce la transformation de l'offre mais préfigure aussi un nouveau dispositif associatif", estime-t-il.

La mue reste néanmoins à ce stade encore fragile et administrée par l'urgence. Pour Jean-Christian Sovrano, directeur de l'autonomie et des parcours de vie à la Fehap, l'intelligence de la gestion de crise a permis au secteur de construire des réponses "coordonnées, graduées, et de façon un peu empirique et expérimentale". "Mais ce n'est pas forcément quelque chose de très construit et qui peut tenir le long terme", alerte-t-il. Pour cause, les esprits et les énergies sont encore bien majoritairement déployés sur la gestion de crise. En ce sens, la communauté 360 axée sur les urgences liées au Covid-19 constitue, aux yeux de Thomas Bousquet, "un vrai sujet".

"Capitaliser sur la mise en réseau"

Aussi bien accueilli fut-il, le projet Communautés 360 reste donc à ce jour davantage regardé comme un outil postcrise auquel sont rattachées de nombreuses inconnues. À commencer par la place que prendra ce nouvel outil par rapport à ceux déjà en développement, à l'instar des pôles de compétences et de prestations externalisées (PCPE) et des coordinations territoriales d'appui (CTA). "L'idée est de capitaliser sur la mise en réseau, pas de se substituer à des choses qui existent", rassure le cabinet en insistant ne pas vouloir "mettre une couche sur des couches". La gouvernance n'est également pas arrêtée, bien que le cabinet plaide pour retrouver le tryptique fédérations-conseils départementaux-ARS.

Évoquant une "temporalité inadaptée", Gwenaëlle Sébilo, conseillère technique autonomie et citoyenneté des personnes en situation de handicap à l'Uniopss, déplore également la méthode "accélérée" entreprise par le secrétariat d'État, peu adaptée à une élaboration "apaisée". "On veut aller vite pour accompagner la gestion de crise", justifie de son côté le cabinet en insistant sur la nécessité de "ne pas laisser retomber le soufflet". Si le cabinet ne se risque pas à donner d'échéance, la période de début mai est évoquée par le secteur des fédérations. Une fois la crise passée, le dispositif pourra enfin fonctionner sur des modalités plus classiques.

"Nous tirerons les enseignements de ce travail collaboratif, reprend le cabinet. On crée aujourd'hui un laboratoire utile pour la suite." Et Jean-Louis Sovrano de poser dès maintenant les pistes d'élaboration de ces communautés : l'intégration du champ sanitaire au projet, afin de reconnaître la co-responsabilité des secteurs dans les situations complexes, l'extension des PCPE, dont la souplesse et l'agilité en feraient "un bon élément de réponse à 360", mais aussi le déblocage d'un financement pérenne dédié.

Agathe Moret

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