Psychiatrie & prison : l’hôpital pris entre deux feux
Quelque 24 000 détenus seraient atteints de troubles psychiatriques ou de dépression. Pour que le temps passé en prison soit mis à profit pour se soigner, le gouvernement français a engagé depuis plusieurs années une réforme d’ensemble des soins en détention aboutissant à la création d’unités de consultation et de soins ambulatoires (UCSA), de services médico-psychologiques régionaux (SMPR), d’unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA) et plus récemment au projet de centres socio-médico-judiciaires de sûreté. Décrié par le comité de prévention de la torture du conseil de l’Europe au moment où le non-lieu psychiatrique a été confirmé dans l’affaire du double meurtre de deux soignants au CHP de Pau, le système tend à s’affiner.
Le comité pour la prévention de la torture du conseil de l’Europe a dressé un état des lieux «dramatique» de la psychiatrie pénitentiaire française. Mais ce qualificatif est jugé «excessif» par le gouvernement, qui considère la situation actuelle «transitoire» étant donné les efforts consentis depuis plusieurs années et les mesures engagées.
Pour le gouvernement français, les UHSA constituent une solution à cette situation transitoire de la psychiatrie pénitentiaire. Et dans le cadre d’une réforme de grande ampleur du système, il est envisagé la création de centres fermés socio-médico-judiciaires pour les détenus les plus dangereux.
Le plan psychiatrie et santé mentale (PPSM) 2005-2008, qui établit un constat de moyens hétérogènes et insuffisants et soulève la nécessité de renforcer et de diversifier les prises en charges psychiatriques dans tous les établissements pénitentiaires, est né des suites de l’affaire Romain Dupuy. Soldée par un non-lieu psychiatrique, cette même affaire a également amorcé la réforme du traitement par l’autorité judiciaire des auteurs d’infractions déclarés pénalement irresponsables en raison d’un trouble mental. Mais la crainte des psychiatres d’un amalgame entre délinquance et trouble mental ressurgit.