Politique de santé

La France déclare la "guerre sanitaire" au coronavirus et mobilise l'armée


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Ces dernières heures, les soignants n'ont eu de cesse d'appeler au civisme et au confinement, afin d'éviter l'engorgement des hôpitaux. Pour appuyer leurs propos, Emmanuel Macron a décrété la "guerre sanitaire". À ce titre, le Service de santé des armées va déployer un hôpital de campagne en Alsace pour soulager les établissements.
"Nous sommes en guerre sanitaire. L'ennemi est là, invisible, insaisissable et qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale." Dans une nouvelle allocution télévisée tenue en soirée ce 16 mars, le président de la République, Emmanuel Macron, a clairement élevé l'alerte à un niveau "évidemment temporaire" mais "exceptionnel" pour enrayer la propagation du coronavirus Covid-19. "Écoutons les soignants qui nous disent : "Si vous voulez nous aider, il faut rester chez vous et limiter les contacts"", a insisté le chef de l'État, restreignant les déplacements autorisés en métropole et outre-mer aux seuls "trajets nécessaires" à compter de ce 17 mars à midi et pour quinze jours au moins. Et "toute infraction […] sera sanctionnée".

Symboliquement, cela implique aussi : le report du 2e tour des élections municipales (initialement prévu le 22 mars)* ; la suspension de toutes les réformes en cours, dont celle des retraites ; ou encore la fermeture pour 30 jours des frontières européennes. Il est vrai que depuis 24 à 48 heures, de nombreuses voix parmi les hospitaliers ont plaidé pour ce renforcement du confinement, à l'instar de la FHF qui a clairement appelé à l'"union sacrée sanitaire" pour soulager les hôpitaux et réduire la pression sur les services de réanimation (lire ci-dessous).

Hôtels et taxis pour les soignants

Dans son message de "guerre", Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé l'envoi dans les jours à venir d'un hôpital de campagne du Service de santé des armées (SSA) en Alsace, où la tension hospitalière est à son comble. Cela se doublera du déplacement, là encore par l'armée, des malades des régions les plus affectées par le coronavirus pour "réduire la congestion des hôpitaux de certains territoires". Cette "union nationale" envers les soignants — "Ils ont des droits sur nous", a insisté le chef de l'État — implique également de donner la priorité des masques aux hôpitaux et à la médecine de ville et de campagne, "en particulier les généralistes et les infirmiers". Dans l'immédiat, des masques leur seront livrés en pharmacies dès ce 17 mars au soir dans les 25 départements les plus touchés par le Covid-19, les autres suivant le lendemain.

À côté du service de garde d'enfants (lire notre article), une mobilisation des hôtels et taxis a en outre été annoncée au profit des soignants. Et "l'État paiera", a assuré Emmanuel Macron. Enfin, le président de la République a une nouvelle fois appelé à ne joindre les Samu-Centre 15 qu'en cas de forte fièvre et de difficultés à respirer "sans quoi ils ne pourront faire face à la vague de cas graves qui déjà se profile dans certaines régions". À défaut, c'est son médecin traitant qu'il convient d'appeler.


Éviter des afflux trop massifs

Quelques heures plus tôt, la FHF a effectivement demandé par communiqué aux Français "un immense élan de civisme national" pour permettre aux hôpitaux publics de soigner dans les meilleures conditions possibles cette épidémie. "C'est une situation historique inédite à laquelle les hôpitaux publics font face. Avec l'accélération de la propagation du coronavirus, le nombre de victimes qui devront être hospitalisées risque d'augmenter fortement." Certes, la communauté hospitalière publique est "prête et mobilisée" pour les soigner, souligne la fédération. Pour autant, "il est absolument primordial que la population respecte scrupuleusement les mesures de confinement [...], afin de freiner l'évolution du virus et ainsi éviter des afflux trop massifs dans les hôpitaux." D'où cette véritable "union sacrée sanitaire" qu'attend la FHF.

"Les personnels comptent donc sur le civisme des citoyens. Il faut se protéger soi-même mais aussi protéger nos aînés et les personnes les plus fragiles en appliquant à la lettre les consignes", insiste son président, Frédéric Valletoux, dont les propos sont repris dans le communiqué. Au passage, la fédération indique échanger "en permanence" avec les pouvoirs publics sur les mesures nécessaires à la meilleure gestion, par les hôpitaux et les établissements médico-sociaux pendant toute la durée de cette crise. Elle est également "en lien étroit" avec les établissements qui remontent les informations du terrain. Ce qui permet d'identifier les besoins prioritaires, par exemple "le déploiement de mesures en matière de ressources humaines (dispositifs de gardes d'enfants, modalités de renforcement des équipes...)", mais aussi en matière d'approvisionnements des équipements (masques notamment, tests de détection...).

Les autorisations spéciales d'absence payées 100%

De son côté, le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Action et des Comptes publics, Olivier Dussopt, a insisté ce 16 mars pour que "le télétravail s'impose comme une règle impérative" dans la fonction publique, sauf contraintes liées à la continuité de service. À l'issue d'une rencontre avec les partenaires sociaux, il a confirmé que les agents publics confinés ou devant garder eux-mêmes leurs enfants bénéficieront d'une autorisation spéciale d'absence rémunérée à 100% tant sur la partie indiciaire que l'indemnitaire. Et si, dans certains hôpitaux par exemple, des délibérations antérieures empêchent théoriquement d'inclure le volet indemnitaire, des dispositions vont être mises en place pour régulariser ces situations. Enfin, Olivier Dussopt a réaffirmé la nécessité d'un éloignement impératif du lieu de travail s'agissant des femmes enceintes et autres agents affichant des antécédents d'insuffisance rénale chronique avec dialyse, de maladies cardiovasculaires, de diabète insulino-dépendant, d'immuno-dépression médicamenteuse, etc.

Ne pas avoir à trier les patients

Au sein du collectif interhôpitaux, là aussi un appel citoyen à respecter les mesures d'hygiène et de confinement a de nouveau été lancé ce 16 mars, peu avant l'allocution présidentielle. "Il faut tous nous préparer à une véritable catastrophe sanitaire, insistent ses responsables dans un communiqué. Le nombre de patients atteints du Covid-19 ne cesse d'augmenter, de façon exponentielle. La situation actuelle dans l'est de la France est très grave et préoccupante : les hôpitaux sont débordés, les soignants sont épuisés et en grande souffrance face au choix nécessaire des patients du fait du manque de lits et de moyens matériels."

Et pour ne pas aggraver plus encore la situation et devoir en arriver à trier les patients faute de lits, le "rester chez soi" s'impose, martèle le collectif. Au passage, il lance un appel à toutes les bonnes volontés médicales et soignantes désireuses d'étoffer les effectifs hospitaliers en ces temps de crise, ainsi qu'à octroyer aux établissements davantage de matériel de protection (masques, blouses, lunettes, solution hydro-alcoolique), tant "il en manque partout".

Thomas Quéguiner

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