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"La crise sanitaire pointe la nécessité de remédicaliser la gouvernance hospitalière"

Les présidents de CME de CH et CHU sont les pilotes de la stratégie médicale aux côtés des directions. Leur rôle ? Concilier impératifs médicaux et organisationnels. Et, à l'aune du déconfinement, ils tirent déjà quelques enseignements de la crise sanitaire. Parmi eux, la nécessité de remédicaliser chaque échelon de gouvernance.Ils sont aux manettes du pilotage de la stratégie médicale. En ces temps de crise sanitaire, le rôle des présidents des commissions médicales d'établissement (CME) est décisif, aux côtés des directeurs et directeurs des soins. La tête dans le guidon, les présidents des deux conférences de CH et CHU évoquent pour Hospimedia la gestion de l'épidémie de Covid-19. Et en tirent déjà quelques enseignements pour la suite.

Concilier impératifs médicaux et organisationnels

Tout d'abord quel regard sur la gestion de la crise liée au Covid-19 ? "Cela s'est plutôt bien passé, chacun à jouer son rôle pour réorganiser les activités", décrit le président de la conférence des présidents de CME de CH, le Dr Thierry Godeau. Grâce aux déprogrammations, les équipes ont pu concentrer leurs efforts sur la gestion de la crise. "Les administratifs, les soignants, absolument tout le monde s'est mobilisé, il n'y a pas que les blouses blanches qui font tourner l'hôpital", salue Thierry Godeau.
[Cette crise] a mélangé de manière étroite les impératifs médicaux, ceux de la prise en charge des patients et les impératifs relevant de l'organisation des structures, comme les capacités d'accueil.
Pr François-René Pruvot, président de la conférence des présidents de CME de CHU
Pour le président de la conférence des présidents de CME de CHU, le Pr François-René Pruvot, chaque maillon de la chaîne a rempli sa mission. "S'il en eut été autrement, ç'eut été un échec", affirme t-il. En outre, à son sens, cette crise sanitaire présente une particularité importante. "Elle a mélangé de manière étroite les impératifs médicaux, ceux de la prise en charge des patients et les impératifs relevant de l'organisation des structures, comme les capacités d'accueil", explique-t-il. Concilier ces deux aspects, tel est toujours le rôle des cellules de crise et, depuis le début de l'épidémie, s'est en quelque sorte mise en place "une routine de crise".

Au sein même des conférences, des échanges réguliers ont permis des retours d'expériences, d'autant plus écoutés lorsqu'ils arrivaient du Grand-Est, d'Île-de-France ou des Hauts-de-France, régions les plus durement touchées par l'épidémie. Par exemple, pour les présidents de CME des CH, un point hebdomadaire est programmé chaque dimanche. Mais le contact est souvent informel. De nombreux échanges quotidiens se passent aussi via les messageries instantanées. Garder le contact, écouter, s'adapter, tels sont toujours les mots d'ordre de cette gestion de crise.

Cet épisode met aussi dans la lumière une "formidable solidarité nationale", impulsée par le terrain, insiste François-René Pruvot. En témoignent les nombreux transferts de patients (lire notre article). "C'est un dispositif inédit mis en place par la France. Et il faut le dire, l'idée vient du terrain, elle a été impulsée par les urgentistes, par les réanimateurs...", indique le président de la CME du CHU de Lille (Nord). Cette solidarité tient aussi en de nombreuses coopérations entre public et privé. "Cela s'est passé de manière assez hétérogène. Il faudra apprendre de cette crise sur ce type de coopération, pour que cela soit durable. Par exemple, si on ne change pas le modèle de rémunération, les écueils nous rattraperont au galop", prévient Thierry Godeau.

La grande inconnue

La priorité pour l'heure ? Rester dans l'action. Le grand enjeu, pour les structures hospitalières, est actuellement la reprise de l'activité "courante". Comment organiser les filières, les sécuriser tout en maintenant les prises en charge liées au Covid ? "La reprise doit être progressive, coordonnée et concertée avec le public et le privé. Il sera important de ne pas aggraver le malaise hospitalier", résume Thierry Godeau. "On ne sait pas comment tout ça va évoluer. Il est impératif de faire comme si c'était encore durable et de se tenir prêts", poursuit-il. "On avance step by step. Nous alertons en permanence sur le risque de déconstruction de l'activité classique", ajoute François-René Pruvot.
[Cette crise a redonné] du sens à notre métier. Le système a raisonné autrement. On a renversé un modèle, pour partir des besoins de santé, des besoins du patient et non plus d'une logique comptable et financière.
Dr Thierry Godeau, président de la conférence des présidents de CME de CH
Car demeure une grande inconnue, complète-il. Quel sera le niveau épidémique après le déconfinement qui doit débuter le 11 mai prochain ? "On est dans le brouillard, on est face à un phénomène de possible rebond qu'on ne connaît pas", décrit François-René Pruvot. Y aura t-il des flux touristiques de population ? "Pour le moment, nous ne pouvons pas anticiper mais l'arrivée possible de touristes reste une inquiétude", confie le président de la CME du CH de La Rochelle (Charente-Maritime).

"Remédicaliser la gouvernance"

Cette crise aura déjà eu un avantage, celui de "redonner du sens à notre métier. Le système a raisonné autrement. On a renversé un modèle, pour partir des besoins de santé, des besoins du patient et non plus d'une logique comptable et financière", décrit Thierry Godeau, qui évoque aussi la mise en lumière de l'importance du temps dédié à l'activité des présidents de CME. Alors, bien sûr, il y aura des "choses à revoir", c'est l'ambition même des propositions portées par la conférence des présidents de CME de CH et transmises à la DGOS ce 20 avril. Les présidents de CME de CHU préparent également une série de propositions, que leur conférence remettra à Jean Castex, dans le cadre de sa mission sur le déconfinement (lire notre article).

"Il faudra évidemment tirer les leçons de la crise", poursuit Thierry Godeau, tandis que déjà plusieurs enseignements se profilent. Parmi les points d'amélioration, chacun cite la couverture médicale des Ehpad et la nécessité de mieux articuler leur activité avec l'hôpital. Il y a aussi la question critique de l'approvisionnement, "qui ne pourra être éludée". D'autres évolutions semblent déjà actées, comme l'avénement de la téléconsultation. Pour Thierry Godeau, une évidence se fait prégnante : "Cette crise illustre la nécessité de remédicaliser la gouvernance des hôpitaux. À tous les niveaux, CME mais aussi pôles et services." Dans la crise, les médecins ont montré de facto l'importance de leur rôle dans la chaîne de décision. Durant cet épisode, l'hôpital "qu'on prenait pour un gros paquebot" a enfin montré sa réactivité. "De ces dernières semaines naît le constat que les structures hospitalières ne sont pas lentes, elles savent être réactives, s'adapter aux contraintes, même très lourdes. Elles ont montré leur vivacité", conclut François-René Pruvot. Une capacité d'adaptation qui sera vraisemblablement encore sollicitée durant de longs mois.

Clémence Nayrac

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