Gestion des risques

Une poignée d'Ehpad se sont engagés dans le confinement total, personnel compris

Le confinement total n'empêche pas le jardinage à l'Ehpad Bergeron-Grenier.

Dans le Rhône, en Charente et dans le Calvados, quelques Ehpad se sont engagés dans le confinement total avec le personnel volontaire pour éviter l'entrée du Covid-19 dans les établissements. Une aventure humaine "extraordinaire".
Valérie Martin, directrice de l'Ehpad privé associatif Vilanova à Corbas (Rhône), a probablement été la première à prendre cette décision. Elle s'est confinée dans son établissement avec 28 salariés volontaires depuis le 18 mars. "Le lundi 16, j'en ai parlé avec mon président, mes délégués du personnel et mes cadres. Tout le monde était d'accord. Nous avons donc fait la proposition à l'ensemble du personnel sur la base du volontariat. Avec 29 personnes pour 108 résidents, c'était tout à fait jouable", explique à Hospimedia l'ancienne présidente de la Fnadepa du Rhône.

Au bout de dix jours, Valérie Martin ne regrette aucunement son choix. "Quand j'ai annoncé ma décision aux collègues des Ehpad de la région, ils étaient incrédules. Aujourd'hui, alors que de nombreux établissements sont touchés par le coronavirus, ils regrettent de ne pas m'avoir imitée. Sur les 29 salariés volontaires du début, deux ont dû renoncer pour des raisons familiales mais à 27 on s'en sort encore bien", explique-t-elle. Question pratique, l'établissement dispose d'une vingtaine de matelas classiques non utilisés par les résidents et de nouvelles chambres qui devaient être prochainement ouvertes. Ces dernières ont été dédiées aux veilleuses de nuit afin qu'elles puissent récupérer correctement tout en vivant en décalé dans le confinement. Les matelas ont été installés dans les bureaux et le pôle d'activités et de soins adaptés (Pasa).

Vivre au rythme des résidents

"Maintenant on vit au rythme de nos résidents. Finalement, les prises en charge sont très fluides. On n'a même moins de problèmes avec nos résidents désorientés car il n'y a plus de turn-over au niveau du personnel", commente Valérie Martin.
Prévention et mesures barrières restent primordiales pour cette directrice qui a décidé de fermer les portes de son établissement aux familles dès le 6 mars. Le 18, après la fermeture totale, les résidents ont été confinés dans leur chambres pendant 48 heures, le temps d'organiser un grand ménage avant de pouvoir rouvrir tous les espaces communs. Sodexo fournit les repas de la résidence et de ses 27 salariés matin, midi et soir. "On récupère les chariots par le sas, on désinfecte les poignées et le tour est joué", poursuit la directrice. Quant au courrier et tout ce qui vient de l'extérieur, y compris les courses personnelles que les personnels qui n'ont pas pu se confiner font pour leurs collègues de l'intérieur, il est désinfecté après avoir reposé 24 heures.


Pascal Ramirez, directeur de l'Ehpad associatif Bergeron-Grenier à Mansle (Charente), a décidé de médiatiser le confinement total de son établissement le 24 mars, comme un pied de nez aux autorités de tutelle et à leurs consignes qu'il juge totalement irréalistes. "Nous sommes un petit établissement de 59 lits, on nous demande de confiner une aile et de dédier une équipe Covid-19. Un protocole complètement inapplicable. Le plus simple est encore d'éviter l'arrivée du Covid-19 et avec le peu de moyens dont on dispose, c'est la solution qui nous a semblé la plus réaliste."

Des trajectoires différentes

À la différence de Valérie Martin, il n'a pas voulu s'engager dans le préconfinement. "Mais au bout de dix jours de fermeture au public, aucun résident n'a eu de symptôme. On s'est dit que si l'un de nos pensionnaires attrapait le virus, on en porterait la responsabilité. Une responsabilité d'autant plus palpable que nous avons appris que notre médecin coordinateur, qui était malade depuis plusieurs jours, était en réanimation. Nous avons évidemment demandé à pouvoir nous tester avant de démarrer, ce qu'on nous a refusé", poursuit le directeur.

À 60 kilomètres de Mansle, à Bourg-Charente, l'Ehpad privé (groupe Renaissance) Le Château de Cressé a lui aussi mis en place le confinement total depuis le 23 mars. "Notre groupe compte quatre Ehpad. Notre président nous a tous contactés le 21 pour nous proposer cette option et nous avons été deux établissements, avec l'Ehpad Sainte-Marie au Mesnil-Guillaume (Calvados) à pouvoir le mettre en place. Pour que cela fonctionne avec les 79 résidents, il me fallait au moins 20 salariés. Nous sommes 25", explique Corinne Gaillard, la directrice.

Si cette dernière a pour l'instant choisi le confinement en chambre et transformé la salle de restauration en dortoir, Valérie Martin et Pascal Ramirez ont voulu que leur établissement continue à avoir la vie la plus normale possible avec un personnel très à cheval sur l'hygiène mais qui travaille sans masque, sauf circonstance particulière. "Maintenir pendant plusieurs semaines des résidents en chambre où ils ne pourront plus aller que du lit au fauteuil, c'est prendre le risque d'en voir un certain nombre perdre l'usage de la marche", estime Pascal Ramirez.

Des équipes soudées

Les trois directeurs avouent travailler avec des équipes relativement anciennes et soudées et relatent tous la même abnégation d'un personnel — avec parfois des enfants très jeunes — qui a volontairement choisi de se couper physiquement des siens et la tristesse des collègues qui n'ont pas pu en être. À l'intérieur, la vie s'organise "comme dans une colonie de vacances", commente Pascal Ramirez. "Une expérience humaine très riche," analyse Corinne Gaillard. "J'ai l'impression de pouvoir refaire mon métier au plus près du public comme il y a vingt ans", ajoute Valérie Martin. Tous les établissements ont sanctuarisé le repas du soir, partagé entre collègues.


Pour payer ses salariés, chacun a bricolé comme il a pu. Pascal Ramirez a fait le choix de déclarer le confinement comme un séjour extérieur dans la convention collective du travail de 1966. Valérie Martin va payer toutes les heures effectivement travaillées et accorder une prime. Tous ont déjà prévu de présenter la note à leurs ARS et aux départements. "On avait juste anticipé les ordonnances. Sans parler des drames humains qu'on espère épargner, comparé au coût de la prise en charge des malades, je pense que notre solution est largement la plus économique", conclut Pascal Ramirez.

Emmanuelle Deleplace

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