Gestion des risques

Les professionnels plaident pour un dépistage des nouveaux entrants en Ehpad

Bien que reportées dans la majorité des cas, les admissions en Ehpad peuvent être maintenues en cas d'urgence ou en sortie d'hospitalisation. Face aux demandes, les établissements craignent l'arrivée de nouveaux résidents, potentiellement infectés.Comment accueillir un nouveau résident en pleine gestion de crise sanitaire ? La question se pose alors que les hôpitaux en tension cherchent à libérer des lits pour prendre en charge les nouveaux patients Covid-19. Dans la foire aux questions transmise aux professionnels d'Ehpad le 13 mars dernier, il est bien spécifié que toutes les nouvelles admissions sont reportées. À deux exceptions près : "celles qui présentent un caractère d'urgence, au regard de l'état de santé de la personne ou de l'incapacité d'assurer son accompagnement à domicile" et "celles qui interviennent en sortie d'hospitalisation". Les admissions sont néanmoins interdites dans les structures où ont été identifiés des malades du coronavirus.

Craintes de contaminer les établissements

Malgré cette consigne, sur le terrain certaines difficultés semblent se présenter. "Nous avons beaucoup de retours de familles et d'usagers qui nous signalent que des établissements ne veulent pas les accueillir en sortie d'hospitalisation", souffle l'Uniopss. Parmi les éléments d'explication identifiés par l'association, la crainte, au sein des Ehpad, que le nouveau résident fasse entrer le virus. "On vit en autarcie, on protège les résidents depuis des semaines, alors oui, accueillir des résidents qui reviennent d'hospitalisation, ça les inquiète, légitimement", constate Annabelle Vêques, directrice de la Fnadepa.

Pourtant, selon les directives officielles, les admissions en période d'épidémie de Covid-19 suivent un protocole pour limiter les contaminations. Celles-ci doivent se faire dans un respect strict des gestes barrières par le résident, une température frontale doit être mise en place systématiquement et un confinement en chambre doit être opéré pendant quatorze jours. Pas suffisant pour les associations.

Dépister à l'entrée, une nécessité

"Il y a effectivement une crainte possible de diffusion du virus par l'extérieur mais pour ce qui est des cas en Ehpad, il sont essentiellement transmis par le personnel", tempère Éric Fregona, directeur adjoint de l'AD-PA. Pour lui comme pour l'Uniopss et la Fnadepa, la situation induit donc de repenser la stratégie de diagnostic et de protection.

"Dans tous les cas, si une personne doit rentrer en Ehpad, il faut qu'elle soit testée", insiste Laurène Dervieu, conseillère technique citoyenneté et autonomie pour l'Uniopss. "La question est exactement celle-là, rebondit Éric Fregona. Dès lors que l'on aura des masques et des tests, la question du confinement de quatorze jours tel qu'envisagé à l'entrée ne se poserait plus." Et de poursuivre : en dépistant à l'hôpital en amont de l'entrée en Ehpad, l'admission pourrait n'être que plus sereine alors que les décompensations et les syndromes de glissement sont déjà courant auprès des résidents admis en urgence. "Une personne déjà en fragilité et désorientée par son changement de lieu de vie, va se retrouver dans une situation de stress si les admissions, en plus d'être réalisées en flux tendu en cette période, s'accompagnent d'un isolement en chambre." Une inquiétude également transmise par la Fnapaef dans une lettre ouverte au Premier ministre et au ministre des Solidarités et de la Santé qui fait état d'entrées en urgence "sans préparation ni recherche d'accord préalable".

Pour Annabelle Vêques, il faut aller encore plus loin, en testant l'ensemble des professionnels. De fait, déplore-t-elle, en l'absence de test, les professionnels présentant certains symptômes sont mis de côté au nom du principe de précaution. "On se prive d'une ressource essentielle dont on aura cruellement besoin demain alors qu'elle n'a peut-être pas le coronavirus."

Agathe Moret

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