Ressources humaines

La solidarité passe aussi par le déplacement de centaines de professionnels de santé

Plus de 300 soignants ont déjà quitté leur région pour renforcer les équipes des établissements les plus touchés par l'épidémie de Covid-19, dans le Grand-Est et en Île-de-France. Les groupes privés organisent aussi, sur la base du volontariat, des transferts en leur sein, et même vers le public.
En cette période de crise sanitaire, la solidarité se joue aussi au niveau des ressources humaines. Depuis le 1er mars, la gestion des équipes de soignants s'organise. Ce 1er avril, lors de sa conférence de presse quotidienne, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a fait le point sur les déplacements et transferts en cours. Ces renforts "officiels" concernent principalement des médecins et infirmiers. Ainsi, 320 professionnels se préparent ou ont déjà quitté leur région, pour l'heure épargnée par l'épidémie, pour rejoindre les équipes dans régions les plus touchées.

Quelles modalités pour les renforts de personnels ?

Dans quel cadre peuvent s'effectuer ces transferts de professionnels ? Quels sont les leviers de mobilisation des personnels, retraités ou futurs professionnels (lire notre article) ? Une instruction mise en ligne par plusieurs ARS (à télécharger ci-dessous) précise les différentes possibilités : réaffectation, volontariat ou encore mobilisation de la réserve sanitaire. Des viviers non négligeables puisqu'au 1er avril, la réserve sanitaire comptait quelque 40 000 inscrits. Cela représente, depuis le début de la crise, 4 692 jours travaillés de missions. Et la solidarité nationale se poursuit : 22 réservistes devaient partir pour la Guadeloupe dès ce 2 avril.

Et Jérôme Salomon de lister. Dix médecins spécialistes en anesthésie-réanimation de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) ainsi que dix autres de la même spécialité de la région Auvergne-Rhône-Alpes officient actuellement en renfort dans des établissements hospitaliers d'Île-de-France et Grand-Est. De la même manière, un renfort "d'internes expérimentés en réanimation" et d'infirmiers, soit au total une cinquantaine de personnes, est prévu. Ces deux mêmes régions — Paca et Auvergne-Rhône-Alpes — mettent aussi à disposition une centaine d'infirmiers chacune pour renforcer les équipes soignantes dans ces zones en tension.

Les équipes du privé en renfort...

Les principaux groupes d'établissements privés se mobilisent aussi, non seulement pour accueillir des patients mais également pour mobiliser leurs équipes vers les régions fortement touchées par le coronavirus. Dans son point hebdomadaire du 31
 mars, Ramsay Santé évoque "un engagement et une mobilisation de tous exceptionnels". Et cet engagement, précise le groupe, se reflète dans le volontariat des soignants. Il a en effet lancé un appel en interne pour proposer aux personnels des établissements "peu sollicités" de renforcer les équipes d'Île-de-France notamment. À ce jour, une cinquantaine d'infirmiers et anesthésistes volontaires issus des pôles du Havre (Seine-Maritime), de la Loire et de la Drôme mais aussi d'Aquitaine et de Bresse-Savoie ont renforcé les équipes franciliennes du groupe. Une mobilisation qui impacte aussi la recherche puisque plusieurs praticiens libéraux qui exercent pour le groupe Ramsay Santé ont demandé à participer aux essais cliniques consacrés à un traitement contre le Covid-19. Plus largement le groupe a proposé au ministère des Solidarités et de la Santé la participation des équipes de ses services de réanimation aux essais et études en cours.

... y compris vers le public

Cette mobilisation fait écho à celle du groupe Vivalto Santé. Dans un communiqué daté du 27 mars, le groupe explique qu'un appel auprès de tous les anesthésistes a été lancé en interne pour qu'ils puissent venir renforcer et soutenir ses équipes d'Île-de-France. Il en est de même pour le personnel soignant. Vivalto santé indique qu'une logistique adaptée à leurs déplacements se met en place pour alléger leurs contraintes du quotidien.

Enfin, le groupe Elsan organise lui aussi des transferts, toujours à destination de l'Île-de-France pour le moment, mais vers le secteur public. Ce sont par exemple huit infirmières et deux médecins anesthésistes du groupe privé qui sont arrivés en soutien des équipes de l'hôpital Beaujon de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Une coopération européenne ?

Sur le même modèle que le transfert international de patients — Jérôme Salomon a indiqué ce 1er  avril que 142 patients du Grand-Est ont pu être transférés vers l'Autriche, l'Allemagne, le Luxembourg et la Suisse —, la solidarité transfrontalière se joue-t-elle aussi au sein des équipes ? Cela semble compliqué. "Il y a un effort de tous les soignants français", répond le DGS, saluant aussi la mobilisation des étudiants et retraités. Mais, reconnaît-il, la collaboration internationale en termes de ressources humaines de soignants est compliquée. D'abord car toute l'Europe est touchée par cette pandémie, les soignants sont donc déjà mobilisés sur les terrains nationaux. Mais aussi parce que l'accès à la langue pose le problème de la communication au sein de l'équipe et avec le patient. La collaboration européenne existe donc bel et bien mais réside surtout dans le transfert de patients. "La France est aidée et aidera", a assuré Jérôme Salomon.

Clémence Nayrac

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