Offre de soins

L'AP-HM envisage sereinement les prochains jours mais anticipe l'après-confinement

Épargnée par les premières vagues de contamination, l'AP-HM se félicite de sa stratégie de modéliser l'évolution de l'épidémie pour anticiper les besoins. Les limites en réanimation ne devraient pas être atteintes lors du pic prévu le 18 avril.L'Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM, Bouches-du-Rhône) se projette dans les semaines à venir avec plus de confiance qu'il y a encore quelques jours. Sa stratégie d'anticipation et la progression relative de l'épidémie en région Provence-Alpes-Côte d'Azur ont permis d'éviter l'engorgement. "Depuis quelques semaines, l'AP-HM a eu la chance de ne pas subir immédiatement une vague de contaminations comparé à d'autres régions, estime le Pr Dominique Rossi, président de la commission médicale d'établissement (CME). On a eu le temps de se préparer."

L'augmentation des entrées ralentie

Au 9 avril, l'AP-HM dispose de plus de 341 lits pour les patients hospitalisés atteints du Covid-19. En service de réanimation, 107 lits sur les 166 lits disponibles sont occupés par ces patients malades. Ce chiffre, stable depuis plusieurs jours, rassure l'AP-HM même si elle envisage tous les scénarios. Continuant sa politique d'anticipation, l'hôpital élabore des modèles épidémiologiques de diffusion de la maladie pour estimer ses besoins futurs. "Depuis le milieu de la semaine passée, on constate un ralentissement dans l'augmentation des entrées Covid, comme prévu, explique le Pr Pascal Auquier, épidémiologiste et chef du service de santé publique de l'AP-HM. Mais à ce stade, la région n'a pas encore atteint le pic."

D'après ces modèles épidémiologiques, l'hôpital de Marseille s'attend à une stabilisation autour du 18 avril, ce qui l'amènerait à éviter le dépassement de ses capacités maximales en réanimation. La mise en place d'une application permet également le suivi de 2 000 patients rentrés chez eux. Poursuivant sa stratégie d'anticipation, l'AP-HM pense déjà à l'après-confinement, dont l'effet-rebond sera "inévitable" d'après le Pr Pascal Auquier. "La levée du confinement doit s'accompagner de tests sérologiques de prévalence pour connaître l'état d'immunisation de la population en Provence-Alpes-Côte d'Azur." Pour ce faire, des tests sont en cours d'étude au sein de l'Institut Pasteur et à l'université d'Aix-Marseille et devraient obtenir bientôt l'homologation nécessaire. 25 projets de recherche sont mis en œuvre à l'AP-HM. Ils portent sur toutes les disciplines : réanimation, gynécologie-obstétrique, santé publique, pédiatrie, cardiologie, etc.

L'hôpital "serein" sur les moyens à disposition

Comme dans les autres hôpitaux, la question du manque de matériel se pose. Le problème des surblouses avait par ailleurs alarmé des personnels soignants de l'AP-HM après la réception de lots défectueux (lire notre article). Ceux-ci ont été remplacés et du matériel a été livré le 8 avril pour compléter les stocks en blouses et en masques en complément de la dotation nationale. "Aujourd'hui, on a beaucoup moins d'inquiétude sur les équipements de protection individuelle et le matériel qu'il y a 10 jours, affirme le Pr Dominique Rossi. Avec la livraison de surblouses, on peut tenir 10 à 15 jours." La direction de l'hôpital se dit également sereine en ce qui concerne les stocks de solution hydroalcoolique et de produits utilisés en réanimation.

Depuis le début de la crise, l'AP-HM a mobilisé de gros moyens pour se préparer à la "vague" de patients (lire notre article). Un "investissement massif" a permis d'équiper les lits en réanimation de respirateurs et les moyens de dépistage vont être renforcés dans les laboratoires du pôle maladies infectieuses et de l'hôpital Nord. Les ressources humaines ont été augmentées de manière significative. Près de 250 recrutements dédiés à l'épidémie se sont ajoutés au personnel qui a été réaffecté après la déprogrammation des soins non urgents. Actuellement, 60 agents de l'hôpital, dont 10 médecins ont été diagnostiqués positifs au Covid-19. 25 légionnaires de l'armée de terre sont arrivés le 8 avril en renfort du personnel de l'hôpital pour apporter un soutien logistique, contribuer à la manutention, au transport ou au brancardage, et renforcer la sécurisation.

Une "deuxième crise sanitaire"

Si l'AP-HM ne se voit pas submergée par les patients infectés par le virus, elle s'inquiète néanmoins de l'absence des malades non concernés par le Covid-19. L'activité aux urgences a nettement diminué depuis le début de l'épidémie, comme dans la plupart des hôpitaux (lire notre article). "Le confinement n'incite pas les gens à consulter, déplore Jean-Olivier Arnaud, directeur général. Mais il y a une perte de chance pour ces malades qui ne veulent pas déranger ou qui ont peur d'attraper le virus en se rendant à l'hôpital." Il qualifie ce problème de santé publique de "deuxième crise sanitaire" et espère retrouver bientôt un minimum d'activité médicale et chirurgicale aux urgences, notamment en ce qui concerne les urgences cardiologiques et neurovasculaires.

Perrine Debacker

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