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Psychiatrie

Les pédopsychiatres se manifestent contre les crises que traverse leur discipline

Soumise à un manque de moyens et à une démographie vieillissante, la pédopsychiatrie fait part de ses rêves pour être revitalisée après l'épidémie et rappelle sa mobilisation pour les patients et les soignants.Si le Covid-19 touche principalement les adultes, les effets collatéraux de son épidémie atteignent également la pédopsychiatrie. L'Association des psychiatres de secteur infanto-juvénile (API) met en exergue, dans un manifeste (à télécharger ci-dessous), la "crise chronique" et la "crise aiguë" qu'elle traverse. "Nous avons des choses à dire sur ce qui se passe maintenant dans nos services et en profitons pour dire ce qui ne va pas et ce que nous souhaitons en osant rêver", résume Christophe Libert, le président de l'API et praticien au service de pédopsychiatrie universitaire de Créteil (Val-de-Marne).

Une démographie vieillissante

La crise chronique se traduit notamment par un manque de moyens alloués à la pédopsychiatrie, qui entraîne des fermetures de sites. "La psychiatrie est la dernière roue du carrosse budgétaire et la pédopsychiatrie n'obtient que la dernière part", avance Christophe Libert. Les vacances de postes sont également légion, avec des effets plus sensibles pour les établissements médico-sociaux que sanitaires. "En institut médico-éducatif, si le poste n'est pas pourvu, il n'y a pas de pédopsychiatre. À l'hôpital, si vous avez sept praticiens sur les dix postes, vous pouvez répartir le travail", poursuit le président de l'API en rappelant que les emplois du temps sont susceptibles d'être très éclatés en sanitaire et médico-social.

En raison de la démographie, la profession est menacée par une "extinction progressive", selon Marie-Claude Bossière, pédopsychiatre et ancienne membre du conseil d'administration de l'association. "80% des professionnels ont plus de soixante ans", rapporte-t-elle. La répartition des praticiens est également hétérogène, avec des départements ne disposant que d'une seule personne. La formation de la relève est restreinte en raison de l'absence de professeurs dans certaines universités. "L'idée forte de l'API est de faire de la pédopsychiatrie une spécialité à part entière dès le début de l'internat", souligne Christophe Libert.

Pratique clinique restreinte avec le Covid-19

Enfin, les praticiens regrettent le "saucissonnage" de la prise en charge de l'enfant avec un glissement des pratiques vers un modèle anglo-saxon. "Les troubles Dys et les troubles obsessionnels compulsifs (Toc) ne sont pas vus comme la manifestation d'une douleur mais comme un trouble du langage à traiter avec un protocole", explique Marie-Claude Bossière. La crise aiguë de l'épidémie de Covid-19 complique également la continuité des prises en charge. Les activités de motricité et les consultations avec les parents ont toutes été reportées mais les urgences maintenues. Si pour certains enfants la routine du confinement a des effets positifs, le suivi global par consultation téléphonique limite les interactions comme en consultation normale. À noter que les pédopsychiatres participent également au soutien psychologique des professionnels de santé mobilisés.

Avec la fin du confinement et la reprise progressive des activités, les différentes structures devront êtes aménagées pour prévenir les contaminations. Christophe Libert s'attend à un "effet de nasse" sur les demandes de consultations. "Elles seront traitées en fonction des priorités estimées sur la gravité relevée lors des téléconsultations", précise-t-il. Enfin, les pédopsychiatres devront répondre à des difficultés supplémentaires en consultation, avec des mesures barrières qui ne font pas toujours sens pour leurs patients et devront s'habituer à mener des consultations avec un masque. Comme pour l'approche clinique en pédopsychiatrie, ces aménagements dans les services et les centres se feront au cas par cas en fonction des moyens et des conditions locales.

Jérôme Robillard

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