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Les retours d'expérience alsaciens invitent à une préparation rapide des hôpitaux

L'armée réalise les premiers transferts de patients hors d'Alsace.

Déjà touchés de plein fouet par l'épidémie de coronavirus, les hôpitaux de l'ancienne région Alsace tirent les premières leçons. Les CH de Mulhouse et Colmar se disent débordés et le CHU de Strasbourg "se convertit" pour faire face à l'épidémie. Malgré les mesures prises, les services sont vite débordés et vont recevoir le renfort de l'armée.
Évoqué par le Comité consultatif national d'éthique, un éventuel tri des patients pour accéder aux services de réanimation des hôpitaux du Haut-Rhin se prépare déjà. Dans des échanges du 15 mars qu'Hospimedia a pu consulter, deux médecins explicitent cette éventualité. "Nous sommes au bout d'un système, il va falloir faire des choix sur nos critères d'admission, non seulement en réanimation mais tout simplement dans une structure hospitalière", constate Yannick Gottwalles, chef de pôle des urgences aux Hôpitaux civils de Colmar.

"J’ai réuni hier un collège de spécialistes (réanimation, infectiologie, medécine interne, pneumologie, gériatrie, urgences) afin de fixer des indications aux différentes filières, et plus clairement les critères (notamment d'âge) de limitation d'accès à la réanimation", précise Marc Noizet, chef de service des urgences de l'hôpital Émile-Muller du groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud-Alsace (GHRMSA). La région de Mulhouse est l'épicentre d'un foyer d'épidémie du Sars-Cov-2 depuis plusieurs semaines. Dans le département, 688 cas étaient confirmés le 15 mars.

Baisse des urgences conventionnelles

Cette antériorité par rapport au reste de la métropole conduit les praticiens à tirer les premières leçons de cette gestion de l'épidémie. L'activité d'urgence conventionnelle fait l'objet d'un "ralentissement flagrant" mais les cas liés au Covid-19, avec critères d'hospitalisation, font l'objet d'un "flux incessant" à Mulhouse. Le taux d'hospitalisation après passage aux urgences est ainsi de 40% à Mulhouse. À Colmar, le nombre de passages aux urgences a chuté de 45% mais la quasi-totalité des cas sont liés au Covid-19, également avec des critères d'hospitalisation.

Le groupe hospitalier de Mulhouse comme les Hôpitaux civils de Colmar se réorganisent, en sus du plan blanc, en interne pour faire face à la multiplication des cas. Les urgences traumatologiques sont ainsi transférées dans des locaux de consultation à Mulhouse pour "dédier un secteur plus important à l'accueil et à la prise en charge des patients Covid-19". Par des reconversions d'unités de soins continus ou de salles de surveillance post-interventionnelle ainsi que l'arrêt des activités programmées, des lits (134 à Mulhouse) sont dédiés aux patients diagnostiqués et suspectés dans des chambres seules.


"Toutes les décisions prises et les aménagements sont obsolètes et dépassés dans les 12 heures qui suivent, et pourtant nous étions très prévoyants. En permanence il manque 25 à 30 lits de plus de ce qui est faisable à un temps T, pour prendre en charge les patients non pas dans des conditions correctes mais simplement dégradées", estime Yannick Gottwalles. La situation des hôpitaux du Bas-Rhin est particulièrement critique en ce qui concerne les lits de réanimation.

Quatre leviers de conversion au CHU

Les hôpitaux du Haut-Rhin ne sont plus en mesure de répondre à cette demande face à l'épidémie. Dans celui voisin du Bas-Rhin, la situation n'est pas encore à ce stade. Les Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS, Bas-Rhin), qui concentrent la moitié des capacités en matière de réanimation dans l'ancienne région Alsace, ont mené leur conversion en CHU de lutte contre le Covid-19 via quatre actions clés, détaillées à Hospimedia par le directeur général Christophe Gautier :
  • renforcement du Centre 15 avec le doublement des lignes ;
  • installation d'un centre de prélèvement dans la salle de restauration du personnel (toutes ces salles ont été fermées par la direction générale) du nouvel hôpital civil pour réaliser 400 prélèvements par jour ;
  • accueil des patients porteurs du Sars-Cov-2 par la conversion d'unités (140 patients hospitalisés dont 55 en réanimation le 16 mars) ;
  • augmentation des capacités en réanimation.

Sur ce dernier point, si la situation est différente de celle de Mulhouse, une "accélération très nette" des besoins se fait sentir selon la direction générale. Les opérations autres que les urgences (cardiaques, greffes) sont totalement déprogrammées afin de laisser prioritairement les 100 places de réanimation aux patients souffrant du Covid-19. "La déprogrammation n'est pas suffisante. Nous allons doubler nos capacités de réanimation", assure Christophe Gautier. 25 nouvelles places seront disponibles le 18 mars. Pour augmenter ses capacités, le CHU alsacien a besoin d'aides pour bénéficier en priorité des respirateurs nécessaires.

L'armée de l'air en renfort

Le président de la République Emmanuel Macron a annoncé, le 16 mars, une autre mesure d'aide pour accompagner les hôpitaux alsaciens face à la saturation des lits de réanimation en Haut-Rhin. Un hôpital de campagne du Service de santé des armées, doté d'une capacité de 30 lits de réanimation, va être implanté. La localisation précise de cet élément militaire de réanimation (ENMR) — une structure médicale modulaire sous tente — n'est pas encore connue à l'heure où nous publions. Le personnel affecté proviendra du Service de santé des armées.

Par ailleurs, le module de réanimation pour patients à haute élongation d'évacuation (Morphée) est utilisé pour transporter des patients alsaciens vers d'autres hôpitaux français. Les premiers transports de patients ont débuté le 17 mars, au lendemain des annonces présidentielles. Il ne s'agit pas des premiers transferts de patients hors d'Alsace. Des patients de Mulhouse ont par exemple été pris en charge au CHU de Nancy (Meurthe-et-Moselle).



Les Hôpitaux de Colmar victimes d'une infox

"Décès du chef de service de réanimation de Colmar, en première ligne depuis le début de l'épidémie." Annoncée sur le réseau social Twitter par un journaliste des Échos, cette annonce de décès est en fait une fake news. Le tweet initial a depuis été supprimé mais cette infox a fait l'objet de plusieurs reprises. Contacté par France Info, les Hôpitaux civils de Colmar assurent qu'il n'y a pas de décès dans leurs équipes. Un démenti également relayé par le journaliste à l'origine de l'infox.

Jérôme Robillard

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