Politique de santé

La critique et l'inquiétude montent contre la stratégie de dépistage du Gouvernement


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Contraire aux préconisations mondiales, la diminution du nombre de tests de dépistage du Covid-19 fait l'objet de contestations et d'inquiétudes chez les professionnels. Une nouvelle doctrine se prépare néanmoins pour la fin du confinement.
Information mise à jour : Le 21 mars, lors d'une conférence de presse, le ministre des Solidarités et de la Santé reconnaît le besoin de faire évoluer la doctrine actuelle. Sa position est détaillée dans un encadré ci-dessous.

En réponse à l'épidémie du Covid-19, le pouvoir exécutif a opté pour le confinement de la population. Dans le même temps, avec le stade 3 de l'épidémie, une nouvelle doctrine s'applique sur le dépistage. "En phase 1, pour éviter l'introduction du virus sur le territoire, nous avons beaucoup testé. Cette logique de tests importants numériquement, a permis de circonscrire les premières apparitions de l'épidémie", rappelle Édouard Philippe, le Premier ministre, lors de la séance des questions au Gouvernement du 19 mars à l'Assemblée nationale, en citant les clusters dans les Alpes et le Morbihan.

Crainte d'une embolie

Désormais, seulement les patients hospitalisés avec des symptômes et les soignants présentant également des symptômes sont dépistés. Dans les Ehpad, les deux premiers cas symptomatiques sont dépistés. "Il ne servirait à rien aujourd'hui de tester tout le monde de manière préventive ou en cas de symptômes car nous emboliserions les capacités d'analyse et du coup, nous ne pourrons pas apporter de réponse rapide quand c'est nécessaire", précise le Premier ministre. À noter que le confinement a eu pour effet de restreindre le nombre de tests disponibles. En effet, un fabricant de réactif nécessaire à la production de test était à l'arrêt en raison des mesures décidées. Un problème identifié et réglé, assure le chef du Gouvernement.

Cette stratégie du Gouvernement ne fait néanmoins pas l'unanimité. Elle n'est en effet pas en adéquation avec les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS, voir tweets en anglais ci-dessous) qui est de multiplier les tests. Une stratégie appliquée de manière variable dans le monde (voir l'infographie), qui est indissociable du confinement pour éviter l'embolisation des services de réanimation.


Plus de tests mais après le confinement

Ce message martelé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) n'est pas occulté par Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, lors d'une conférence de presse le 21 mars. "Le message de l'OMS est simple : tester, tester, tester. La France doit suivre cette voie et se préparer à faire évoluer rapidement sa stratégie", avance-t-il. Un dépistage massif ne se fera cependant qu'à l'issue du confinement en cours. Les capacités de tests doivent être multipliées selon le ministre afin de répondre à cet "impératif de santé publique". Outre une mobilisation de l'industrie, Olivier Véran compte sur la recherche. Il attend une nouvelle méthode diagnostique "plus simple, plus rapide, plus largement diffusable" d'ici "les prochaines semaines". Le conseil scientifique, chargé d'épauler le pouvoir exécutif, sera réuni mardi sur la question de ces tests de dépistage pour préparer l'évolution de la doctrine. "Ce n’est pas sur la base d’un dépistage massif que nous mettrons fin au confinement. Mais c’est sur la base d’un dépistage massif que nous pourrions être amenés à accroître notre surveillance, une fois le confinement levé", précise Olivier Véran.

Les soignants face à l'inconnu

Cette absence de dépistage systématique inquiète notamment les professionnels de santé, qui n'ont pas toujours connaissance du statut du patient en face d'eux. Le dépistage est ouvert aux laboratoires en dehors de l'hôpital, sur prescription, pour faciliter la réalisation de tests en proximité. Dans un communiqué, le conseil central de la section G de l'Ordre des pharmaciens "déplore toutefois que la réponse soit incomplète pour assurer une prise en charge sécurisée des patients et des techniciens de laboratoire médical qui réalisent les prélèvements". Le manque de masques de protection est notamment pointé.

"On se trouve dans une situation très inquiétante où des hôpitaux comme le nôtre, en Dordogne, ne sont pas encore infectés mais nous ne faisons aucun dépistage sur toutes nos entrées quotidiennes de nos patients", relève Philippe Eymerit, chef de service de cardiologie au CH de Sarlat (Dordogne) dans un message transmis à Hospimedia. "Cette politique nous met tous, soignants, en danger potentiel alors que nous pourrions éviter des contaminations dans les hôpitaux qui ne sont pas atteints", poursuit-il. Il préconise d'effectuer des tests sur tous les patients entrant dans les hôpitaux et sur les professionnels de santé. Dans une tribune dans le Quotidien du médecin, deux scientifiques appellent au dépistage de la population.

D'autres voix s'élèvent contre cette stratégie de limites des contrôles du côté du monde politique. La députée écologiste européenne Michèle Rivasi appelle à faciliter l'accès aux tests de dépistage. "Permettre au plus vite l'accès de l'ensemble de la population à des tests diagnostiques requiert de le programmer dès maintenant", souligne-t-elle dans un communiqué. "Une restriction des dépistages empêche d'avoir une vision fine et complète de la pandémie et de sa progression en France", ajoute l'Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament dans une lettre ouverte au Premier ministre. Cette organisation attend d'Édouard Philippe qu'il explicite les critères scientifiques, sanitaires et médicaux justifiant la doctrine gouvernementale. Pour l'observatoire, ce sont des critères économiques qui dictent la restriction d'usage des tests.

Jérôme Robillard

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