Politique de santé

Le conseil scientifique détaille ses propositions de sortie de confinement

La restauration des capacités hospitalières et une nouvelle doctrine de dépistage figurent parmi les éléments essentiels de la fin du confinement. Les nouveaux tests nécessaires ne seront pleinement effectifs que d'ici la fin avril.Alors qu'une nouvelle allocution du président de la République Emmanuel Macron est attendue le 9 avril, le conseil scientifique Covid-19, chargé d'éclairer les décisions du pouvoir exécutif, rend public ses conclusions sur la sortie du confinement. Si ces stratégies post-confinement sont nécessaires, "la priorité demeure cependant la poursuite d’un confinement renforcé dans la durée". 

Le conseil s'attend tout d'abord à un mois d'avril "très difficile pour le système de santé". Si les transferts interrégionaux permettent de répondre à la saturation à l'instant T, les durées moyennes de séjour induisent le maintien d'une surveillance sur les capacités. Outre les données départementales existantes, le conseil scientifique aimerait des données consolidées sur le nombre de lits disponibles pour mesurer si la baisse des admissions n'est pas le reflet de la saturation. "Le recueil de ces informations de façon fiable nécessite une mobilisation encore plus importante de personnels administratifs ou volontaires, les personnels médicaux n'étant plus en capacité de renseigner ces informations", estime-t-il.

Un temps de repos souhaité pour les soignants

La fin de la saturation des services de réanimation est le premier indicateur souligné pour décider d'une sortie de confinement. "Les équipes de soignants devront également bénéficier d'une période suffisante pour récupérer de l'effort considérable fourni pendant les semaines qui viennent de s'écouler, et les stocks de matériel, traitements spécifiques à la réanimation, et équipement de protection devront être reconstitués", estime le conseil scientifique. Pour mettre en œuvre la stratégie de postconfinement, l'ensemble des capacités hospitalières et de médecine de ville devront être restaurées dans les régions les plus touchées (Grand-Est, Île-de-France).

Si la découverte d'un vaccin pourrait modifier en profondeur la stratégie, le conseil scientifique met l'accent sur la disponibilité des équipements de protection, le port généralisé du masque, le contrôle aux frontières ou encore le maintien des mesures de distanciation sociale. Le diagnostic rapide d'une infection au virus Sars-Cov-2 est central dans la stratégie globale. Ce dépistage permet de protéger plus facilement les populations vulnérables grâce à l'isolement des cas et de leur contact.

Pour ce dépistage massif, le conseil scientifique table sur les nouveaux tests diagnostiques. "La phase actuelle de montée en puissance rapide des capacités diagnostiques dans la perspective de la période postconfinement fait qu'il est certain que les outils et moyens prévus à terme seront disponibles et fonctionnels bien avant l'échéance de la levée du confinement", rassure-t-il. Cette montée en puissance est notamment permise par un ajustement réglementaire permettant d'associer les laboratoires vétérinaires au dépistage par PCR (pour réaction en chaîne par polymérase).

Réserve sur l'élargissement des tests

Une mesure saluée par les ordres de médecins et de pharmaciens ainsi que les organisations syndicales de biologistes médicaux. Ils font néanmoins part de leur inquiétude sur la qualité des prélèvements ainsi permis car ils ne sont pas effectués par des biologistes médicaux. "Nous souhaitons cependant souligner le manque de concertation avec les représentants des biologistes médicaux en amont de ces mesures [...]. Nous insistons sur l'importance de la qualité des prélèvements à la pratique desquels nos équipes sont formées et compétentes pour assurer la fiabilité des tests effectués, comme le prouve l'accréditation exigée de nos structures", écrivent-ils dans une lettre à Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé. De son côté, le ministère des Armées finance un projet de développement d'un automate mobile, modulaire et connecté pour un dépistage par PCR en moins de trente minutes.

L'installation de plateforme en métropole comme en outre-mer devrait permettre d'avoir une capacité de dépistage de 45 000 tests par jour, en sus des 15 000 tests quotidiens des laboratoires hospitaliers et privés. Quant aux tests sérologiques, ils devraient être disponibles courant avril et leur évaluation est programmée pour la fin du mois, complète le conseil scientifique.

Une nouvelle doctrine de dépistage attendue

Le développement des capacités et l'arrivée de ces nouveaux tests imposent une modification de la doctrine d'utilisation selon le conseil scientifique. Ce dernier diffuse ainsi quatre recommandations concernant les professionnels de ville, les Ehpad, les prisons et les enquêtes séro-épidémiologiques pour mesurer le taux de pénétration du virus dans les territoires. "Ce déploiement opérationnel est urgent. Il permettra par ailleurs de tester et éventuellement de valider les stratégies innovantes de rendu des résultats et de "contact tracing" nécessaires durant la phase de déconfinement", estime le conseil scientifique. La diminution du nombre de cas Covid-19 grâce au confinement doit permettre une détection systématique des nouveaux cas. "Ceci permettra de disposer de chiffres fiables sur la progression de l'épidémie en amont du risque de saturation du secteur hospitalier", avance-t-il.

Jérôme Robillard

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