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Les étudiants en soins infirmiers demandent plus d'égalité en cette période de crise

Les étudiants en soins infirmiers sont fortement mobilisés face au Covid-19 mais ils lancent plusieurs alertes quant au flou et aux inégalités exacerbés pendant la crise. Une pétition pour une rémunération équitable a déjà recueilli 50 000 signatures.Un arrêté paru au Journal officiel du 29 mars fixe l'indemnisation des professionnels de santé, retraités ou en exercice, qui sont réquisitionnés dans le cadre de la crise sanitaire liée au Covid-19. Il concerne aussi les étudiants en santé. Un texte qui répond à une attente forte des étudiants en soins infirmiers et de leur fédération, qui déploraient depuis quelques semaines maintenant un cadre trop flou. D'autant que si les étudiants en soins infirmiers restent fortement mobilisés pour aller au front (lire notre article) — les instituts de formation en soins infirmiers (Ifsi) se sont organisés depuis début mars pour réaffecter 80 à 100% de leurs étudiants dans les établissements de santé a indiqué le 27 mars le Comité d'entente des formations infirmières et cadres (Cefiec) —, ils soulèvent depuis le début de la crise plusieurs points de préoccupation.

Des inconnues sur les modalités de réquisition

"La publication de l'arrêté le 29 mars est une avancée, puisque jusqu'à présent la rémunération des réquisitions des étudiants n'était pas encadrée. Poser un cadre est un premier pas... mais nous n'avons toujours rien concernant les modalités de ces réquisitions. Cela devrait être précisé dans les jours prochains", confie à Hospimedia le président de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (Fnesi), Félix Ledoux.

Le problème de l'accessibilité aux dépistages

"Le dépistage des professionnels de santé qui présentent des symptômes est aujourd'hui systématique. Mais cela ne s'applique pas aux étudiants", déplore le président de la Fnesi. Si certains territoires ont d'ores et déjà choisi d'inclure les étudiants en soins infirmiers dans ces mesures de dépistage, comme dans le Grand-Est, cette initiative reste globalement à la marge. Et bénéficie d'un flou réglementaire. La Fnesi demande donc l'accès aux dépistages pour les étudiants qui exercent en renfort, selon les mêmes modalités que les professionnels en exercice.

Des rémunérations disparates

Il s'agit ainsi plus largement de préciser les modalités de participation à la crise. Une question d'égalité entre les étudiants, explique la Fnesi. Après l'Île-de-France (lire notre article), la région Grand-Est a bénéficié de la mobilisation des crédits du plan d'investissement dans les compétences du ministère du Travail. La ministre Muriel Pénicaud a en effet annoncé la mobilisation de 11 millions d'euros (M€) en faveur des 6 600 étudiants infirmiers et 1 600 étudiants aides-soignants impliqués dans le soutien aux personnels hospitaliers de la région. Cela représente pour un futur infirmier 1 400 € par mois. D'autres régions ont choisi de suivre le mouvement, en dehors même de cette enveloppe. C'est le cas notamment de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (lire notre article). "Il est important que des régions se mobilisent mais le fait que toutes ne le fassent pas crée des situations d'inégalité entre les étudiants, qui sont pourtant mobilisés partout", commente Félix Ledoux.

Face à ces disparités, une pétition, mise en ligne le 25 mars par les étudiants de la région Grand-Est, a déjà, à l'heure où nous publions, recueilli près de 52 000 signatures. "C'est beaucoup, si l'on considère les effectifs de ces étudiants en France, qui sont actuellement de 94 000", souligne le représentant de la Fnesi. Et la fédération d'indiquer à Hospimedia que cette question de la rémunération est aujourd'hui en cours de traitement. "Nous sommes en relation quotidienne avec l'association Régions de France pour uniformiser les droits des étudiants mobilisés", précise-t-elle.

Un cadrage national a aussi été demandé à plusieurs reprises par le Cefiec. "Dans une communication du 16 mars, le comité sollicitait la DGOS pour garantir la mise en place d'une organisation homogène à l'échelle nationale pour la gestion des étudiants et notamment en stage", remémore-t-il dix jours plus tard, avec la volonté de régulariser et homogénéiser les affectations en stage, mais également de clarifier la sémantique employée. Entre stage validant, volontariat, vacation ou encore réquisition... les qualificatifs sont en effet nombreux pour une mobilisation souvent similaire. "Il s'agit à travers cette demande, d'éviter les organisations isolées et régions dépendantes et d'assurer la sécurité des étudiants et in fine leur diplomation", concluait alors le Cefiec.

Une instruction sur les blouses ?

"Un non-sujet". Interrogé le 25 mars par Hospimedia lors de sa conférence de presse quotidienne, le directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon, rappelait que le Covid-19 qui pourrait avoir imprégné les blouses des étudiants en soins infirmiers disparaît lors d'un lavage à 60 degrés. Reste tout de même la question du transport de ces blouses, voire de leur entretien à l'heure du confinement, dans un contexte où nombre d'étudiants sont dépendants des laveries. Le DGS indiquait qu'une instruction serait envoyée aux instituts de formation notamment pour clarifier ce point. Depuis, il semble en effet que la problématique ait fait son chemin. La Fnesi confirme à Hospimedia la préparation de cette instruction, et des échanges en ce sens avec le cabinet du ministre des Solidarités et de la Santé. "Cette problématique du lavage de blouse — que ne connaissent pas par exemple les étudiants en médecine, pour qui la blouse est fournie et le lavage pris en charge par l'établissement d'accueil — est récurrente, comme l'a souligné Jérôme Salomon. Mais elle prend toute son importance, pour des raisons évidentes d'hygiène et de sécurité dans le contexte de crise actuelle", commente la Fnesi.

Clémence Nayrac

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