Politique de santé

Les directeurs d'Ehpad peuvent fixer les conditions de reprise des visites dès ce 20 avril

Édouard Philippe a pris la parole ce 19 avril.

Les visites en Ehpad peuvent reprendre dès ce 20 avril dans des conditions fixées par les directeurs de chaque établissement. C'est l'une des annonces formulées par Édouard Philippe le 19 avril dans le cadre de la préparation du déconfinement. Le Gouvernement amorce aussi un plan de rétablissement des capacités d'accueil des hôpitaux."Le déconfinement ne sera pas un retour à une vie totalement normale", a d'emblée prévenu le Premier ministre Édouard Philippe ce 19 avril. Accompagné du ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran, il a présenté les grands principes du plan qui sera dévoilé par le Gouvernement d'ici la fin du mois. Un point d'étape de plus de deux heures... sans grandes annonces, si ce n'est pour le secteur médico-social dans lequel les visites en Ehpad reprennent sous conditions dès ce 20 avril.

Olivier Véran a salué l'action des quelque 800 000 professionnels du grand âge. 1 500 volontaires issus de la réserve sanitaire sont venus renforcer les équipes ainsi que 3 000 stagiaires aide-soignants. Quid du dépistage dans ces établissements ? Actuellement, 45% des Ehpad ont signalé au moins un cas en leur sein. 50 000 tests y ont déjà été réalisés. Dans un souci de préserver le lien social, "il nous a semblé utile de consulter les sociétés savantes et les établissements et nous avons élaboré ensemble des organisations nouvelles", a expliqué le ministre en charge de la santé. Il a ainsi annoncé l'organisation d'un droit de visite pour les familles, effectif dès ce 20 avril et sous la responsabilité des directeurs d'établissements, qui en fixeront les conditions. Ces visites pourront être mises en place à la demande du résident et seront limitées : "pas plus de deux personnes". Les barrières sanitaires devront être respectées, sans contact physique.


Rétablir la capacité d'accueil des hôpitaux

Plus largement, c'est la préparation du déconfinement qui a été abordée ce 19 avril. En l'absence de vaccin et de traitement, le Gouvernement mise sur la prévention, y compris pour les plus vulnérables, en Ehpad mais aussi à domicile. Et pour tenir le délai du 11 mai — annoncé le 13 avril dernier par le président de la République (lire notre article) —, deux conditions seront essentielles, a complété le Premier ministre : "maîtriser la circulation du virus" et "rétablir la capacité d'accueil des hôpitaux afin d'éviter un désastre sanitaire". Le Gouvernement prévoit par conséquent, entre autres, pour "bientôt" la production nationale de 17 millions de masques grand public par semaine d'ici le 11 mai et la réalisation de 500 000 tests viraux par semaine à la même échéance.

Pour l'heure, le constat est celui d'une "lente décrue" de l'épidémie, comme l'a rappelé le directeur général de la santé, le Pr Jérôme Salomon. Le solde des admissions dans les services de réanimation est en effet négatif depuis onze jours. Mais ce chiffre reste "éloquent", a complété le Premier ministre. Édouard Philippe, graphique à l'appui, a ainsi détaillé : la capacité de lits de réanimation est passée de 5 000 — pour un taux d'occupation habituel de 85 à 90% — à 10 500 actuellement. Au pic, 7 100 lits de réanimation étaient occupés. "Nous sommes aujourd'hui à 5 800 avec une descente jour après jour", a confirmé le chef du Gouvernement, en appelant "à la retenue, à la prudence". "Nous avons besoin de reconstituer nos forces", a reconnu le Premier ministre. "Le système hospitalier a tenu au prix d'efforts considérables, c'est vrai, mais grâce à une solidarité nationale et européenne", a-t-il résumé évoquant les 644 transferts de patients.

Cette évolution permet d'envisager "une reprise progressive" des activités programmées des établissements sanitaires publics et privés. Une réflexion est menée, a précisé Olivier Véran, pour que cela n'impacte ni la consommation de médicaments ni les ressources humaines nécessaires aux prises en charge liées au Covid-19.

Le risque de rupture des soins perdure

Les professionnels de santé ont donné l'alerte depuis plusieurs semaines (lire notre dossier), il existe un risque de rupture des soins hors Covid-19. Ce 19 avril, le Gouvernement a livré des chiffres sur la baisse des consultations. Elle est de 60% pour les spécialités et 40% pour la médecine générale. Olivier Véran a aussi évoqué une forte baisse des dépistages de cancer et de la vaccination des enfants. Et il en a appelé à la vigilance sur la continuité des prises en charge en santé mentale.

Des masques déstockés pour de nouveaux professionnels

Parmi les points sensibles de la gestion de la crise : l'approvisionnement en matériel. "La gestion des masques a été beaucoup discutée", souligne Édouard Philippe. Quid aujourd'hui des stocks français ? L'accent a été mis sur la production nationale. Elle s'établissait à 4 millions de masques par semaine en janvier, elle est actuellement de plus de 8 millions par semaine, pour des besoins hebdomadaires estimés à 45 millions de masques. Des chiffres qui vont permettre d'envisager un élargissement de la politique de distribution. En outre, 5 millions de masques supplémentaires seront déstockés, a annoncé Olivier Véran, à destination de professionnels de santé. Ambulanciers, préparateurs en pharmacie, sages-femmes, techniciens de laboratoires, aides à domicile et manipulateurs en électroradiologie en bénéficieront. À terme, les malades et personnes fragiles devraient également pouvoir bénéficier de masques de même type, a assuré Olivier Véran, mais "cela va prendre du temps".

De la diplomatie du médicament

Concernant les blouses, surblouses et autres charlottes, des difficultés demeurent pour répondre aux demandes. Une commandes de surblouses est passées, affirme le ministre de la Santé. D'ici la fin du mois de juin, ce sont en outre 15 000 respirateurs qui seront disponibles en réanimation et 15 000 autres respirateurs dits de transport (lire notre article). Une quantité supérieure aux besoins, précise Olivier Véran, ce qui permettra d'anticiper une éventuelle deuxième vague et de porter appui à d'autres pays. L'approvisionnement en médicaments nécessaires aux services de réanimation nécessite par ailleurs "une très grande vigilance", la demande mondiale ayant augmenté de 2 000%. Des tensions restent donc élevées dans l'approvisionnement en France et il est urgent de reconstituer les stocks en vue d'une éventuelle deuxième vague. Une réflexion "active et efficace" est d'ailleurs en cours pour la réimplantation de la filière de production sur le territoire national. Pour l'heure, des "actions diplomatiques" sont en cours auprès de l'Inde et de la Chine, pour l'import de produits génériques.

Trente études lancées en France

Le Pr Florence Ader, infectiologue à l'hôpital de la Croix-Rousse des Hospices civils de Lyon (HCL, Rhône) et qui pilote l'essai clinique Discovery, a apporté son expertise à cette conférence de presse du 19 avril. Elle a évoqué l'état de la recherche sur le Covid-19 en France. Elle a souligné sa très rapide évolution, en moins de quatre mois. 800 études sont ainsi lancées dans le monde dont 30 en France. Dans le pays, 1 600 patients participent à ces projets de recherche.

Clémence Nayrac

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