Politique de santé

Une faible circulation maîtrisée du virus remplace la stratégie de l'immunité collective

La DGS et la DGOS comptent sur une faible circulation du virus pour que l'hôpital continue de tenir, avec des capacités de réanimation renforcées grâce à des respirateurs neufs. De premières explications sur le manque de masques sont esquissées.Une gestion de la pression exercée plutôt que l'espoir d'une immunité collective. Telle est la ligne de conduite détaillée par Jérôme Salomon, directeur général de la santé (DGS), et Katia Julienne, directrice générale de l'offre de soins (DGOS), lors de leur audition commune par la mission d'information de l'Assemblée nationale sur le coronavirus. "L'objectif de la France n'est pas d'atteindre une immunité collective, il n'est pas question d'avoir une circulation à haut niveau avec des morts en grand nombre [...]. L'objectif est d'éviter que le virus circule et qu'il y ait le minimum de pression sur les systèmes hospitaliers", résume Jérôme Salomon. Ce dernier rappelle qu'en raison de délais incompressibles dans le développement, l'arrivée d'un vaccin n'interviendra pas avant 2021.

Déploiement d'équipes mobiles

Espérée au début de l'épidémie, l'immunité collective est écartée en raison d'un faible taux de personnes infectées dans l'ensemble de la France, y compris dans les régions les plus touchées par la crise (lire notre article). Pour éviter de faire face à une nouvelle vague épidémique après le 11 mai, date de fin du confinement, l'accent est mis sur la distanciation sociale, les gestes barrières, le dépistage des personnes avec des symptômes et la recherche de cas contacts. "Des équipes mobiles de tests seront associées à des équipes mobiles de tracing pour suivre et tester les contacts", avance le DGS qui annonce que 700 000 tests de dépistage seront réalisables chaque semaine dès le 11 mai sur l'ensemble du territoire.

Les modalités d'isolement des patients et leur suivi ne sont pas explicitées par les directeurs généraux mais seront préparées avec les élus locaux et les collectivités pour une approche territoriale. "Tous les pays sont alignés sur le principe de vivre avec un masque, des mesures barrières, le télétravail et la distanciation physique pendant très longtemps", avance Jérôme Salomon en rappelant que la recherche est mobilisée pour trouver des traitements et des vaccins contre le Covid-19.

La lutte antivirale non prioritaire avant 2020

Sur cette question des masques, le DGS rappelle la création de masques grand public, en soulignant que son port n'est pas dans la culture française. Il évoque néanmoins la question du manque de masques chirurgicaux et FFP2. Il rappelle avoir demandé une commande de 100 millions de masques chirurgicaux à son arrivée à la DGS en 2018 et avoir passé des commandes supplémentaires de FFP2 en janvier et février 2020. Depuis les commandes au moment de la grippe H1N1, "la stratégie a évolué avec une dissociation du stock stratégique de l'État et le stock tactique des établissements de santé pour les FFP2", poursuit-il à propos de l'absence de ces masques dans les réserves de l'État.

Jérôme Salomon complète ses propos en rappelant que la priorité de Santé publique France ne concernait pas les maladies infectieuses, dont la fin était prédite dès les années 1970. "L'actualité de la décennie a été marquée par les événements climatiques, l'émergence des fièvres hémorragiques, les attentats, le nouveau risque des arboviroses et l'antibiorésistance", poursuit-il, soulignant ainsi que les efforts se portaient sur la recherche de vaccins et de la lutte contre les bactéries. "L'Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) et Santé publique France se sont adaptés à ces risques", avance Jérôme Salomon.

Maintien de la cible de 14 000 lits de réanimation

Face au risque de reprise épidémique, les pouvoirs publics rassurent et se disent préparés à y faire face. Outre le dépistage renforcé et le tracing des cas contacts de personnes infectées, les capacités de réanimation seront renforcées pour atteindre la cible des 14 000 lits — contre 10 500 actuellement. "Il faut garder la capacité d'augmenter leur nombre très fortement mais l'objectif n'est pas d'avoir un nombre important de personnes en réanimation", avance Katia Julienne.

Cette augmentation des capacités de réanimation sera permise par les commandes de nouveaux respirateurs pour équiper les hôpitaux. Sur la première livraison de 10 000 équipements produits en France, 1 500 sont destinés à la réanimation (modèle Monal T60) et 8 500 pour équiper les urgences et les transports (modèle Osiris), explique Katia Julienne. Sur la proportion importante de la deuxième catégorie, le Gouvernement entend éteindre la polémique par un communiqué. Il rappelle que leur autorisation en réanimation a été validée par les sociétés savantes et que cette commande a été passée à un moment où les besoins montaient en flèche. "Il s'agissait de la meilleure solution disponible pour garantir la capacité à armer des lits, dans un contexte où tous les pays du monde tentaient d'accroître leurs stocks de respirateurs", avance-t-il. D'ici fin juin, la France disposera de 15 000 respirateurs de réanimation et de 15 000 respirateurs d'urgences et de transport.

Enfin, sur la reprise des activités non Covid-19 dans les établissements, la DGOS fait preuve de prudence. Face au risque de pertes de chance pour les patients, la porte est ouverte pour une reprise de l'activité. "Nous avons demandé aux directeurs généraux de relancer l'activité de manière très prudente", avance Katia Julienne. La réversibilité des capacités de réanimation doit être garantie et les molécules qui font l'objet de tensions d'approvisionnement en réanimation doivent être préservées. "Ce sont des limites fortes, reconnaît la DGOS, mais l'épidémie n'est pas encore derrière nous."

Jérôme Robillard

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