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Éthique

Les Ehpad d'Occitanie sollicitent la cellule éthique Covid-19 pour des questions inédites

Face à la pandémie, de nouvelles interrogations éthiques bousculent les établissements. Une cellule de soutien éthique Covid-19 a été créée par l'espace de réflexion d'Occitanie. Elle constate les besoins récents de nouveaux interlocuteurs, les Ehpad.À la demande d'Olivier Véran, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) invitait le 13 mars les établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS) à mettre en place une "cellule éthique de soutien" afin d'"accompagner les professionnels de santé au plus près de la définition de leurs priorités en matière de soins" (lire notre article). Comme ceux des autres régions, l'espace de réflexion éthique (Ere) d'Occitanie a créé sa cellule de soutien éthique Covid-19. Opérationnelle depuis le mois de mars, cette cellule a deux missions : apporter un soutien éthique à l’ensemble des professionnels de santé et de tous les ESMS d’Occitanie en période épidémique et transmettre leurs observations aux instances régionales et nationales. Dans ce contexte de crise sanitaire, de nouvelles réflexions éthiques émergent, en particulier au sein des Ehpad.

De nouveaux enjeux et des questions insolites

"Des professionnels qui ne nous consultaient pas auparavant, parce qu'ils avaient leur cellule, leur comité ou leur espace de réflexion éthique autonome, sont confrontés à des questions inédites, insolites, urgentes et parfois dramatiques."
Catherine Dupré Goudable, directrice de l'espace de réflexion éthique d'Occitanie
Cette cellule de soutien éthique dédiée aux questionnements liés au Covid-19 vient en appui des cellules de proximité ou des professionnels qui cherchent un accompagnement. Un dispositif utile car, si l'épidémie met en jeu les règles éthiques habituelles comme le respect des personnes dans la prise en charge et les soins, elle fait apparaître des questions inédites. Catherine Dupré Goudable, directrice de l'Ere occitan, a constaté une différence dans l'identité des interlocuteurs et la nature de leurs interrogations depuis le début de la crise. "En Occitanie comme ailleurs, on a entendu s'exprimer ces ESMS discrets, beaucoup plus effacés d'ordinaire, les Ehpad en particulier. Ils s'interrogent sur les carences en matériel de prévention, en ressources humaines mais aussi sur une incompréhension de la réalité de leur mission : continuer à être des lieux de vie." La première alerte a ainsi été lancée par des Ehpad de l'Hérault auprès du CHU de Montpellier.

Un partage des réflexions pour une analyse a posteriori

Arrêt des visites, confinement en chambres, isolement... Certaines priorités, comme la liberté d'aller et venir, ont été bousculées et ces questions se posent différemment à la lumière de la pandémie. La cellule de soutien éthique d'Occitanie est là pour accompagner la réflexion et l'adapter au cas par cas en fonction de la situation dans l'établissement. Pluriprofessionnelle, l'équipe réunit une vingtaine de personnes issues du domaine de la santé, représentants d’usagers, philosophes, psychologues, juristes, universitaires ou professionnels de terrain, exerçant autour de Toulouse, Montpellier et Nîmes.

Des échanges se sont établis entre les Ere, le CCNE et le ministère des Solidarités et de la Santé pour nourrir une réflexion et analyser a posteriori les enjeux de la crise sanitaire et sociale. "C'est un tel bouleversement des repères éthiques qu'il y a des réflexions à partager, d'autant plus qu'elles se posent en urgence", estime Catherine Dupré Goudable. La cellule de soutien éthique Covid-19, temporaire, sera opérationnelle tant que les professionnels en auront besoin. Elle s'attend à de futures interrogations sur le déconfinement ou encore le traçage numérique.

Pas de "tri" des patients mais des questions sur les tests et les médicaments

Compte tenu du caractère relativement épargné par le virus de l'Occitanie, sa cellule de soutien éthique n'a pas reçu de sollicitations concernant un "tri" des patients, comme des interrogations sur les critères pour entrer ou non en service de réanimation. En plus de celles provenant des Ehpad, des sollicitations ont néanmoins été émises par des cliniques médicochirurgicales privées. Celles-ci s'interrogeaient sur l’utilisation des tests de dépistage auprès du personnel soignant ainsi que sur la "perte de chance" pouvant résulter du report d’intervention en raison d’un manque de produit d’anesthésie pour des patients non-Covid-19.

Perrine Debacker

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