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Analyses


Recherche

L'épidémie accélère la recherche clinique qui reste maintenue dans son cadre juridique

La priorité de la recherche clinique est donnée à la maladie Covid-19. Elle se traduit par une accélération des procédures mais impacte également les essais en cours au préalable. Le cadre juridique ne fait pas l'objet d'entorses réglementaires et les autorités sanitaires maintiennent leur contrôle.
Imaginé en un temps record, le protocole de l'essai européen Discovery contre le Covid-19 a fait l'objet d'une approbation rapide par les autorités sanitaires. Lancé le 22 mars, il compte ce 8 avril déjà plus de 530 patients inclus en France sur les 800 escomptés, rapporte Florence Ader, infectiologue au service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital de la Croix-Rousse du CHU lyonnais (Rhône) et pilote de l'essai dans un point d'étape vidéo. "Rien ne sera disponible avant la fin du mois", précise-t-elle à propos des premiers résultats de cette recherche très attendue qui évalue notamment l'hydroxychloroquine. Florence Ader souligne par ailleurs que les traitements utilisés sont fournis par les entreprises pharmaceutiques, ce qui abrite cette recherche du risque de pénurie.

Dématérialisation des évaluations

La recherche académique n'est pas la seule mobilisée pour trouver des outils diagnostics, des traitements ou un vaccin contre la maladie Covid-19. Les promoteurs industriels bénéficient aussi d'un coup d'accélérateur pour franchir les différentes étapes réglementaires. Ariane Galaup-Paci, directrice de la recherche clinique au sein de l'organisation professionnelle Les Entreprises du médicament
 (Leem), précise qu'un "circuit inédit" s'est mis en place avec le concours de la Direction générale de la santé (DGS) et l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Un contact précoce, dès le synopsis du protocole, permet à la puissance publique de connaître à l'avance l'équipe pouvant être mobilisée pour une évaluation en quelques jours. "La DGS pilote les comités de protection des personnes
 (CPP) et contacte celui qui est tiré au sort pour qu'il mène une réunion ad hoc", poursuit Ariane Galaup-Paci. Cette évaluation éthique se fait par échanges téléphoniques ou visioconférence, là encore dans des délais rapides. "La crise démontre que l'évaluation dématérialisée est possible", note la directrice du Leem. À noter qu'aucune réunion de CPP n'a été annulée concernant les autres essais en cours d'évaluation.

Le plasma également testé

L'Établissement français du sang (EFS) annonce le lancement d'un essai clinique à partir du plasma sanguin des patients guéris. Une transfusion doit permettre d'aider les 60 patients inclus lors de la phase aiguë de la maladie. Des prélèvements ont été lancés en Île-de-France, Grand-Est et Bourgogne-Franche-Comté auprès de patients Covid-19 guéris. L'EFS va également participer à des études de séroprévalence avec l'Institut Pasteur pour évaluer la propagation du virus à partir d'un échantillon de donneurs.

De son côté, l'Académie nationale de médecine préconise dans un communiqué "de constituer dès à présent des pools de plasma prélevés chez des sujets immunisés (convalescents ou guéris), ayant des titres d'anticorps élevés, afin de préparer des immunoglobulines hyperimmunes (IGHI) dans les règles de l'art". Elle lance cet appel en raison notamment de l'absence d'efficacité clairement démontrée des traitements antiviraux.

Continuité des essais initiés avant l'épidémie

"Pour les essais hors-Covid en cours, la priorité c'est la sécurité des patients et éviter de surcharger les hôpitaux", souligne Ariane Galaup-Paci. Des essais sur volontaires sains ont ainsi été stoppés depuis le début de l'épidémie. Pour les initiations d'essais, une priorisation est effectuée pour lisser l'activité, sachant que les personnels non hospitaliers n'ont pas accès aux centres de recherche dans le contexte épidémique. Quant aux essais en cours, la continuité des traitements est garantie pour les patients, y compris à domicile. Une nécessité qui entraîne des adaptations en lien avec la DGOS, la DGS, l'ANSM et la Commission nationale de l'informatique et libertés
 (Cnil). Le promoteur ne peut entrer en contact direct avec le patient et les assistants de recherche clinique n'ont plus accès aux données patients qui ne sont pas externalisées en dehors des hôpitaux.

Pour les patients à domicile devant se rendre à l'hôpital pour continuer de bénéficier du traitement lors de l'essai clinique, les pharmacies à usage intérieur
 (PUI) jouent un rôle central. Le promoteur peut apporter un soutien sur le transport et la prise en charge du coût. De nouvelles recommandations sont également disponibles pour alléger la charge de travail des officines tout en réduisant les déplacements des patients concernant. Un passage par le réseau officinal, un envoi entre PUI ou une expédition au domicile du patient figurent parmi les circuits et solutions possibles.

Le ralentissement des recherches non-Covid risque par ailleurs de provoquer un embouteillage quand la situation des hôpitaux sera normalisée. Les essais en cours seront complétés, les retardés démarreront et de nouveaux projets seront alors lancés. Les différents acteurs sont ainsi appelés à travailler ensemble pour fluidifier les circuits. Les principaux centres hospitaliers sont plus susceptibles de privilégier les essais académiques pour bénéficier des crédits afférents. Dans le cadre du Covid-19, les industriels sont contactés par des plus petits centres qui souhaitent également participer à des essais cliniques.

Vigilance des autorités sanitaires

Ces vitesses inédites d'approbation et d'inclusion de patients se font sous l'œil des autorités sanitaires. L'ANSM a ainsi procédé à la suspension d'un essai Covid-19 au sein de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). De phase 1, il devait évaluer la tolérance de l'utilisation d'un transporteur d'oxygène issu d'un ver marin chez des patients Covid-19 en réanimation. Une étude non clinique animale sur ce transporteur d'oxygène fait état d'une létalité de 100%. "L'essai n'avait pas débuté et aucun patient n'a donc reçu ce produit expérimental", rassure l'AP-HP dans un communiqué où elle précise qu'elle n'est plus le promoteur de cet essai.

Dans son dernier avis, le conseil scientifique sur le Covid-19 effectue un rappel aux réglementations sur les pratiques de recherche. Le contexte épidémique ne remet pas en question les réglementations françaises et internationales sur les essais cliniques. "Il sera attendu, après la crise, que ces pratiques soient évaluées et elles seront jugées à l'aulne des réglementations préexistantes à la pandémie. Il n'existe aucune dérogation aux réglementations en vigueur", assure-t-il.

Un vaccin testé en France cet été

Le laboratoire Johnson & Johnson annonce, dans un communiqué, avoir franchi une étape clé dans le développement d'un vaccin contre la maladie Covid-19. Un candidat vaccin est en effet retenu par ses soins. Le laboratoire promet ainsi le démarrage de la phase 1 d'études cliniques sur l'homme, y compris en France, "au plus tard" en septembre 2020. Le vaccin pourrait ensuite être disponible en urgence début 2021. Le laboratoire s'estime capable de fournir un milliard de doses de son vaccin grâce à l'augmentation de ses capacités de production.

Jérôme Robillard

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