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La télémédecine se met à l'heure du coronavirus

Les entreprises de télémédecine se sont largement mobilisées pour mettre en place des outils sécurisés à destination des professionnels et des établissements de santé et médico-sociaux. Avec durant cette période de crise sanitaire, un accès gratuit aux outils et services. Les établissements de santé proposent eux aussi leur dispositif.
En passant le 14 mars au stade 3 de l'épidémie, la stratégie en matière de gestion des patients atteints du Covid-19 change. L'appel au médecin traitant devient désormais la règle et le recours aux Centres 15 réservé aux urgences médicales, à l'image de ce qui a été mis en place dans les départements les plus touchés par l'épidémie. Ces mesures sont à combiner avec celles de confinement total annoncées par le président de la République, Emmanuel Macron ce 16 mars. Dès lors, la question de l'accès aux soins se pose. Par anticipation, le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, a élargi le 9 mars les conditions d'accès à la téléconsultation en supprimant certaines obligations prévues (lire notre article), comme l'obligation de passer par le médecin traitant ou de l'avoir vu en présentiel durant les douze mois précédant la réalisation d'une consultation à distance. De leur côté, les entreprises concernées ont pris les devants et proposé des aménagements.

Gratuité des services

Le Mipih par exemple a indiqué dans un communiqué avoir pris la décision avec l'union régionale des professionnels de santé (URPS) Occitanie de permettre à tous les médecins du territoire national et ultra-marin d'utiliser la plateforme de téléconsultation Medicam gratuitement "pendant la durée de la crise". Dans ce cadre, les équipes dédiées à la consultation ont été renforcées. Même initiative du côté de Doctolib qui a aussi annoncé par communiqué le 5 mars, mettre à disposition "gratuitement la consultation vidéo pour tous les médecins de France". De plus, "la société financera intégralement les coûts d’équipement, de formation et de gestion de ce service". Elle a ajouté qu'en une semaine, "le nombre de rendez-vous pris en consultation vidéo sur Doctolib a augmenté de 40%". En parallèle, des centaines de demandes de médecins pour commencer à utiliser la consultation vidéo lui ont été envoyées. Medadom a aussi précisé le 10 mars avoir ouvert ses services de téléconsultation à l'ensemble du territoire. De même, durant toute la durée du plan bleu, la start-up française Rofim annonce dans un communiqué mettre à disposition gratuitement l'accès à sa solution de téléconsultation assistée et de télé-expertise médicale à tous les Ehpad. Une plateforme 100% sécurisée et protectrice des données, rappelle-t-elle. Un numéro vert permettra à tous les établissements de poser leurs questions.

Appel à un équipement des professionnels

Cette démarche entreprise par les acteurs de la télémédecine a été saluée par la Société française de santé digitale (SFSD), qui félicite dans un communiqué "l'appui salutaire des plateformes de télémédecine". La SFSD rappelle de son côté que le parcours de soins coordonné entre médecins et infirmiers libéraux équipés en visioconférence et dispositifs médicaux connectés, "patients comme professionnels peuvent en tirer tous les avantages". Elle interpelle les pouvoirs publics et les plateformes de téléconsultation pour équiper au plus vite les professionnels. "De cette manière, les patients comme les professionnels seront rassurés par une prise en charge de qualité pour un usage humaniste et responsable de la télémédecine", indique la SFSD.
L'Académie francophone de télémédecine et de e-santé propose une grande souscription nationale pour créer un fonds de solidarité dédié à la télémédecine en France. Ce fonds devrait permettre l'efficacité des mesures prévues au décret du 9 mars dernier. De même, la création de ce fonds doit être accompagnée par le lancement d'un chantier national zéro déserts médicaux.

Pour répondre aux interrogations liées notamment à la sécurité des outils utilisés, le Mipih et Doctolib entre autres ont rappelé respecter la sécurité des données et répondre aux obligations du règlement européen général de protection des données (RGPD). L'objectif étant que d'autres dispositifs, à l'image des Gafam et de leurs outils (Whatsapp, Messenger...), ne s'engouffrent pas dans la brèche. Le Mipih a d'ailleurs insisté sur le fait que la plateforme garantit "un haut niveau de sécurité en matière de protection des données de santé". D'autres dispositifs déjà développés sur le terrain avant la crise du coronavirus se sont aussi mobilisés en élargissant leurs outils.

Des applications par les établissements

L'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) a finalisé avec Nouveal e-santé une application gratuite destinée au suivi médical à domicile des patients, porteurs ou suspectés d'avoir le Covid-19 qui ne nécessitent pas d'hospitalisation. Covidom, précise le CHU francilien dans un communiqué, permet ainsi via des questionnaires de suivre l'évolution de l'état de santé du patient et d'appréhender la gravité. En parallèle, un centre de télésurveillance médicale a été mis en place depuis le 12 mars pour suivre l'ensemble des alertes des patients inclus dans Covidom.
Au CHU de Montpellier (Hérault), la société Mhcomm qui y a développé l'application Mhlink vient de l'adapter au suivi des patients confinés à domicile. Dans un communiqué, le CHU explique que les patients diagnostiqués Covid-19 peuvent utiliser cette application qui passe elle aussi par des questionnaires mesurant l'évolution de leur état de santé. Une messagerie sécurisée est aussi mise à leur disposition pour répondre à leurs questions. Des conseils et des informations peuvent aussi leur être envoyés via l'application.

Les sages-femmes attendent la téléconsultation

La téléconsultation pour le suivi des femmes enceintes est jugée indispensable pour le Collège national des sages-femmes (CNSF) en raison de l'épidémie. Cette mesure viserait à permettre de limiter le nombre de déplacement pour prévenir des infections et assurer l'accès aux soins dans les cabinets. Les demandes d'interruption volontaire de grossesse médicamenteuse sont, par exemple, en hausse en ville, en raison de la diminution des consultations en établissement. Le collège milite avec le Conseil national de l'ordre des sages-femmes pour bénéficier de l'ouverture de la téléconsultation auprès des pouvoirs publics. "Nous avons seulement reçu des promesses orales, pas écrites, pour des changements en fin de semaine", précise Adrien Gantois, le président du CNSF à Hospimedia. L'Ordre des sages-femmes avance, sur le réseau social Twitter, "qu’une solution sera trouvée dans les tout prochains jours" selon les annonces du ministères des Solidarités et de la Santé.

Changement d'échelle

Dans ce contexte de crise sanitaire, l'ARS Hauts-de-France a décidé d'accélérer le déploiement de sa plateforme Predice, en collaboration avec l'URPS médecins libéraux, les établissements de santé, le Collectif système d'information médico-social (SI MS) et le groupement d'intérêt public (GIP) Sant&Numérique Hauts-de-France. L'objectif est double : limiter les contacts physiques et les risques de transmission du malade vers le médecin, ou entre le malade et la patientèle ; et faciliter l’accès des patients des Hauts-de-France à une consultation en évitant un déplacement au cabinet ou à l’hôpital. La téléconsultation est à l’initiative du médecin, qui la propose à son patient lors de la prise de rendez-vous, rappelle l'ARS. "Le médecin adresse alors au patient un lien sécurisé sur lequel se connecter pour engager la téléconsultation. Selon les cas, le patient téléconsultant à domicile peut être accompagné par un professionnel de santé, par exemple un infirmier."
SafeSanté, acteur de télémédecine, a quant à lui mis en place un nouveau système de soins pour le contexte du Covid-19 grâce à la télémédecine et les objets connectés. Ce système change de dimension pour englober non seulement les professionnels et les établissements de santé mais aussi le Samu dans la téléconsultation, indique l'entreprise dans un communiqué. Pour le Samu, SafeSanté a mis en place une expérimentation qui lui permet en effet "de contrôler la crise". Concrètement, détaille l'entreprise, chaque appel régulé indiquant une suspicion de grippe ou de coronavirus "est transféré à une unité de téléconsultation qui prendra en charge et fera le suivi des patients en téléconsultation à leur domicile". En outre, les télémédecins inscrivent chaque cas de Covid-19 positif dans le dispositif Covidom de l'AP-HP pour mettre en place une télésurveillance avec alerte en cas de dégradation.

Autant de solutions et de dispositifs qui devraient permettre aux établissements de santé mais aussi aux professionnels de santé de s'équiper en respectant la sécurité et la protection des données.

Géraldine Tribault

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