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L'AP-HP n'attend plus qu'un feu vert pour transférer des patients en province


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Pour éviter la surchauffe en réanimation, l'AP-HP souhaite que le ministère de la Santé l'autorise au plus vite à transférer des patients hors Île-de-France. Des bonnes pratiques ont aussi été diffusées pour optimiser la consommation de médicaments.
Information mise à jour : Tout en jugeant que les capacités hospitalières francilienne n'étaient "pas saturées", le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a toutefois annoncé le 27 mars de premiers transferts vers le Centre-Val de Loire de patients jusqu'alors hébergés dans des établissements de la grande couronne parisienne.

Un appel à faire œuvre d'anticipation. Directeur médical de crise face à la pandémie de Covid-19 pour le compte de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), le Pr Bruno Riou a clairement demandé le 27 mars aux autorités sanitaires de donner leur aval national à des transferts de patients de réanimation vers d'autres régions moins touchées par le coronavirus. Il s'agirait là d'une "bouffée d'oxygène nécessaire" pour l'Île-de-France, a-t-il fait savoir à l'occasion d'un point presse. "Il faut qu'on le fasse dès maintenant. Le but c'est de retrouver de la disponibilité pour les malades de demain ou d'après-demain", ne cachait déjà pas l'intéressé quelques heures plus tôt au micro de France Inter.


Peu de risque pour les régions épargnées

Outre ce feu vert à proprement parler, il s'agit aussi pour la cellule de crise nationale de définir les régions concernées, en sachant que, sur de telles opérations, c'est le Grand-Est qui reste jusqu'à présent prioritaire sur l'Île-de-France, même si de premiers transferts se profilent (lire le 2e encadré). En effet, à entendre le responsable médical de l'AP-HP, la crainte que l'épidémie de coronavirus gagne d'autres régions aujourd'hui quelque peu épargnées, avec le risque que celles-ci n'arrivent plus du coup à faire face, est "en train d'être levée". Ce scénario se fonde sur l'analyse des courbes de propagation du virus en Chine et en Italie avec, une fois le confinement mis en place, un éparpillement finalement assez faible en dehors des zones de contamination originelles.

Une fois l'accord obtenu, il ne restera plus qu'à formaliser les transferts étant entendu, par exemple, que cela écarte d'office les malades souffrant de défaillance multiviscérale. Quant à d'éventuelles évacuations au-delà des frontières de l'Hexagone, la question reste en suspens. C'est en tout cas l'une des pistes soutenue à l'AP-HP par le Pr Philippe Juvin, à la tête des urgences de l'Hôpital européen Georges-Pompidou. Face caméras le 27 mars, il a clairement appelé à des transferts "massifs" partout en Europe, pas seulement en Allemagne, au Luxembourg et en Suisse. "Il faut organiser un pont aérien et un pont ferroviaire. Il faut contacter toutes les capitales européennes, leur demander leurs possibilités d'accueillir nos patients."

Réduire le risque de pénurie de médicaments en réanimation

Pour éviter toute pénurie sur les médicaments utilisés en réanimation, l'AP-HP a défini tout un ensemble de bonnes pratiques pour en réduire la consommation dans un double souci d'optimisation et d'homogénéisation de leur administration. Parmi ces "produits précieux" dans le cadre de l'épidémie actuelle, l'inquiétude la plus forte concerne les curares, les hypnotiques ainsi que certains antibiotiques et corticoïdes, à entendre le Pr Bruno Riou. Ce dernier espère une réduction de 20% de la consommation. C'est par exemple en utilisant un appareil à même de dire si tel patient est trop sédaté, ou encore en monitorant le degré de curarisation afin d'en adapter le dosage.


18 000 patients suivis à domicile

Selon les données fournies ce même jour à la presse par le CHU francilien, 2 500 malades atteints du Covid-19 sont hospitalisés dans ses murs, dont 700 en réanimation (sur un total de 811 lits ouverts, lire ici et nos articles) avec une médiane d'âge à 61 ans. À noter que 60 patients sont d'ores et déjà ressortis de réanimation. En parallèle, quelque 18 000 sont suivis à domicile via l'application Covidom (lire notre article), avec ici un âge moyen à 44 ans. Sur cet outil, désormais mis à disposition gratuitement de l'ensemble des médecins et établissements de santé franciliens, l'alerte rouge (une température dépassant 40°C) fait l'objet d'une réponse en 10 minutes, l'alerte orange sous 3 heures. Il a en outre déjà généré 60 déclenchements du Samu et amené 30 hospitalisations. Par ailleurs, l'AP-HP dénombre au 27 mars parmi ses personnels 1 332 professionnels de santé (ayant été) atteints du Covid-19, sans être en mesure de connaître la proportion infectée à l'extérieur du CHU, avec une surreprésentation à 32% des médecins : deux soignants sont en réanimation, deux autres en sont ressortis.

Premiers transferts hors région pour la grande couronne parisienne

À l'échelon global de la région Île-de-France, l'ARS recensait le 29 mars à 15 heures 1 694 patients souffrant du Covid-19 hospitalisés en réanimation, soit une progression de 6% en vingt-quatre heures. Le nombre total de décès dans les hôpitaux franciliens s'élève désormais à 823, soit 128 cas supplémentaires (+18%) en l'espace d'une journée. Tout en jugeant que les capacités hospitalières francilienne n'étaient "pas saturées", le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a toutefois annoncé ce même jour de premiers transferts hors région vers le Centre-Val de Loire de patients jusqu'alors hébergés dans établissements de la grande couronne parisienne.

Thomas Quéguiner

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